Et sinon ça parle de quoi ta thèse ? Petit manuel de survie aux doctorants atteints du syndrome du lac de Paladru

2 Mar

Dans chaque cœur de thésard bat l’espoir secret d’une soirée où on ne lui posera pas une certaine question accablante.

 Cette question pourrait être « C’est sur quoi ta thèse ? », en le disant très vite on entend « sésurkoitatèz » et cette sonorité de divinité Inca sonne le glas de la fin de soirée sereine entre amis…où la bière aurait pu couler à flot dans la douce insouciance des samedis soir au café…oui mais oui mais non, le doctorant ne craint pas de devoir répondre à cette question (il s’est engagé pour trois, quatre, cinq ans, il est habitué et possède ses parades personnelles), non il craint par-dessus tout de tomber sur un Gros Niais ! Celui qui va à coup sûr lui rétorquer (lui, le fin gourmet de la pragmatique, oh on le voit venir de loin l’amateur des réalités terre à terre !) « Et sinon ça sert à quoi ? Je veux dire concrètement », prononcé d’une façon qui fait qu’on se demande toujours si c’est le « sinon » ou le « concrètement » (voire l’insupportable « je veux dire » qui ne veut rien dire du tout) qui pique le plus les oreilles.

En général, le doctorant a plusieurs tours dans son sac pour ne pas en arriver à ce moment fatidique.

Stratégie 1 : Le bon élève

Le doctorant donne une réponse sincère et objective, il prend le temps d’expliquer calmement les choses : « Alors tu vois, avec cet appareil je mesure le degré de rhéologie d’un solide qui se comporte comme un fluide afin d’inférer bla bla bla… ».

Avantage : vous impressionnerez votre auditoire et passerez pour un fin savant capable de se transformer en Fred, en Jamy, en Il était une fois la vie, en Boulet, en Marion Montaigne (ou en toute autre star internationale de la vulgarisation scientifique pour les 6-10ans) le temps d’une soirée.

Inconvénient : Vous ne tiendrez pas deux jours à ce rythme ! C’est terriblement excitant la première fois mais immanquablement ennuyeux et épuisant par la suite. Et surtout les gens ne retiendront jamais votre sujet, ils se souviendront juste de la métaphore de la lasagne que vous avez utilisée pour expliquer le principe du champ d’interférence et vous la ressortiront à chaque fois, « alors les lasagnes, ça avance ? ». Et c’est pour cette raison qu’il existe la…

Stratégie 2 : La planque disciplinaire

En gros, en ne mentionnant que son domaine de recherche, on est relativement à l’abri. Que répondre en effet à « Je fais une thèse en anthropologie de la santé ». Vous ressemblerez au mystérieux thésard (l’équivalent du brun ténébreux, mais sur le plan épistémologique). Par contre vous courrez le risque que l’on vous réponde « Ah bon ça existe ? » (et là le Gros Niais n’est plus très loin…) si vous expliquez que vous faites de la recherche en littérature comparée. Et c’est pour cela qu’on a inventé :

Stratégie 3 : L’anecdote truculente

Commencez à raconter une histoire en y mettant le ton et votre auditoire se transformera immanquablement en un groupe d’enfants sages à l’heure du conte : « En 1552, dans les îles britanniques, le comte d’Essex est un des seuls soupirants de la reine Élisabeth 1ère, pourtant, jamais celle qu’on appelle la reine vierge ne succombera à ses charmes ? En sommes-nous certains ? Pourquoi restera-t-elle célibataire si longtemps ? N’aurait-elle pas mieux fait de se marier avec un prince étranger pour étendre son royaume ? Mais c’est sans compter la ruse de la fille d’Henri VIII ! La stratégie politique d’Élisabeth 1ère, dont la rousse chevelure impressionne les courtisans de tout le royaume bla bla bla… ».

Avantage : cela entraîne votre talent d’orateur, indispensable lors des colloques, et les gens se souviendront de vous comme d’un fameux conteur passionné.

Inconvénient : Il y aura forcément un hypotrophié du bulbe rachidien pour vous dire « Oui mais alors tu es financé par l’université pour gloser sur les coucheries du Comte d’Essex ? » (sous-entendu : sur ma feuille de paie mensuelle, une des lignes des charges sociales qui saigne mon salaire en impôts superflus est consacrée à te payer du bon temps à la BnF ?). Oui parce que le fait que des gens soient payés pour élever des poulets en batterie, réaliser des émissions pour Endemol ou faire des manucures 3D, ça ne le gêne aucunement, mais qu’on soit payé pour se faire plaisir à fouiner dans les archives, c’est carrément obscène ! Qu’il se rassure, les doctorants en histoire ne sont plus guère financés… Pour éviter cette situation inconvenante, il existe heureusement la délicieusement malhonnête :

Stratégie 4 : La démagogie éthique

Cela consiste à présenter votre sujet par ses finalités humanistes. Quid de l’approche théorique, de l’ancrage disciplinaire ambigu, du contexte de recherche ; de toutes ces scories qui parasitent l’essentiel : vous faites de la recherche pour le bien de l’humanité !

Vous travaillez sur les modalités de déconstruction narrative du théâtre postmoderne ? Vous pouvez présenter les choses ainsi : « Je suis un acteur de la démocratisation culturelle, je veux que mon travail permette au plus grand nombre d’accéder à la culture théâtrale », alors que vous n’avez jamais franchi le seuil d’une MJC.

Vous travaillez sur les antioxydants ? Vous pouvez très bien dire : « J’essaie de soigner des maladies orphelines en analysant les propriétés des mitochondries ». En réalité vous ne savez pas vraiment où votre recherche va vous mener, votre directeur pense qu’elle a plus ou moins pour but de mettre sur le marché un complément alimentaire, mais ça, votre auditoire n’en sait rien !

Avantage : Vous monterez tellement haut dans l’estime des gens qu’il faudrait un pompier, un astronaute et un médecin dans l’humanitaire réunis pour vous dépasser dans l’admiration.

Inconvénient : Avouez, vous en avez fait des tonnes à ce repas de famille pour avoir la paix (et l’estime du cousin qui sort de HEC et vous toise de son regard plein d’école de commerce…) non ? Et la nuit vous ferez des cauchemars en forme de cas de conscience crochus.

Pour éviter cela, nous avons heureusement :

Stratégie n°5 : Le contournement synecdochique

La synecdoque est une figure de rhétorique de contiguïté qui consiste à permettre aux écrivains de montrer plus ou moins ce qu’ils veulent… En bref, on prend la partie pour le tout, on montre un bout de la lorgnette pour ne pas avoir à tout expliquer, on met en valeur le plus attrayant. Si vous étudiez les caractéristiques des bibliothèques à vocation sociale des Pays-Bas, vous n’allez pas endormir vos grands-parents avec des histoires de catalogues collectifs interopérables ni avec les miracles du format UNIMARC…non, vous allez prendre le petit exemple qui fait toujours rire « tu vois, dans ces bibliothèques on essaie de rendre la consultation et la lecture plus conviviale…par exemple on met des hamacs pour que les utilisateurs puissent lire comme à la maison ». Le problème avec ce genre de contournement mignon, c’est qu’on trouve toujours des gens assez épais pour rétorquer « alors tu passes trois ans à étudier des gens dans des hamacs ? ».

Enfin, en vrac, il reste quelques astuces comme autant de boucliers contre les Gros Niais :

Astuce 1 : Le titre qui en jette

Premièrement, l’avantage des sujets compliqués au titre barbare, c’est que les gens ne risquent pas de vous donner leur avis ! Quand vous dites que vous faites une thèse sur la « recherche de signal quantique dans les ions de terre rare en matrice cristalline » on risque rarement de vous répondre « non mais tu ne peux pas dire ça, c’est subjectif… ! » alors que quand vous mentionnez timidement votre recherche sur la numérisation des musées d’histoire, les Gros Niais s’en donneront à cœur joie, ils vous assommeront avec leur : « ah oui mais j’ai vu un musée d’histoire à Montamat et beh il n’était pas du tout numérisé ! » ou autres « Hier sur Sud radio ils disaient qu’il y avait un nouveau musée à Castelnau de Camarasse et beh dedans ils parlaient un peu d’histoire apparemment ! ». Vous, vous travaillez sur les musées d’histoire bretonne de 1700 à 1900 dans une perspective diachronique et vous voilà bigrement content de savoir qu’à Castelnau de Camarasse ils ont mentionné le mot « histoire » dans leur parcours muséographique ! (bon en général le doctorant ne saute pas à la gorge de l’auteur de cette platitude car il lui est suffisamment reconnaissant de s’être intéressé un tant soit peu à son sujet sans lui poser la question de l’utilité de sa recherche. Et puis en général ce genre d’interlocuteur est une connaissance lointaine, un oncle d’ami ou un ami d’oncle, il porte des chemises délavées et des dents jaunâtres…on préfère expédier tout échange avec lui alors on sourit poliment et on s’éclipse).

Astuce 2 : L’abandon pur et simple de toute volonté de vulgarisation

Il est conseillé de répondre n’importe quoi de temps en temps, pour ne pas devenir obsédé par son sujet, par exemple « je cherche à breveter l’eau en poudre / à remettre en cause l’héliocentrisme / à restaurer le puritanisme diégétique en Bourgogne »…le pire c’est qu’il y aura des gens pour vous croire tant que vous porterez une blouse…

On peut aussi en profiter pour régler ses comptes : « je fais une thèse afin de produire un document suffisamment lourd pour assommer les petits Gros Niais qui me traitaient d’intellos en CM2 / pour prouver à mon prof de maths de 6e qu’il a eu tort de se déchaîner sur moi au conseil de classe ».

Enfin, cette question anodine de repas de famille ou de début de soirée rend surtout compte d’une réalité un peu triste : on ne connaît pas tellement la réalité des métiers que font nos proches. La preuve en est que les gens sont étonnés de voir le doctorant passer trois ans sur un même sujet. Évidemment, si le doctorant n’avait QUE sa thèse à faire, s’il était vissé à son bureau, près de son labo et de son terrain, tous frais payés et avec tous les livres à sa disposition, ça serait probablement plié en un an et demi ! Le problème c’est que la journée du doctorant ne se passe pas comme ça. Dans une journée normale, le doctorant prépare des cours (s’il a la chance de pouvoir en donner !) / corrige des copies / prépare les réunions des méchants monsieurs qui notent les laboratoires de l’AERES / envoie un résumé pour un appel à communication pour un colloque pour que son labo soit bien noté et ne disparaissent pas / travaille sur un contrat sous-payé pour financer sa thèse / fait une demande de bourse / donne des cours / aide à préparer un colloque / va chercher à la gare le chercheur qui intervient dans 10mn pour le colloque / travaille un peu sur sa thèse / assiste à la soutenance de thèse d’une amie et manque de pleurer à la fin / suit des séminaires de recherche / commence à lire une thèse et s’attendrit devant les remerciements / parcourt la France à la recherche d’un livre rare / remonte le moral d’un étudiant de master 2 qui n’arrive pas à rédiger ses 50 pages de mémoire / fait des photocopies pour ses cours / assiste à une réunion de département / gribouille des petits dessins anthropomorphes sur un vieil article en réunion de département…

*Attention ! Séquence émotion !*

Et quand parfois à la question « c’est sur quoi ta thèse ? », le doctorant émet un petit soupir contrit, ce n’est pas par ennui d’avoir à répéter une 100è fois son sujet (enfin parfois, si…) c’est surtout que dans ce soupir il y a des milliers de pensées compactées : « j’espère qu’il ne va pas me demander à quoi ça sert alors que je ne lui demande pas à quoi sert son boulot à la société générale / ma thèse me manque, je n’ai plus de temps à lui consacrer depuis que je dois organiser les journées scientifiques du labo / pourquoi mon directeur m’a proposé de diriger ma thèse s’il ne prend pas la peine de m’accorder un rendez-vous tous les ans…/ pourquoi on passe pour des amoureux de la théorie condamnés au chômage alors qu’on a des compétences professionnelles (enseignement, édition, médiation culturelle, administration, organisation d’évènements…) que l’on développe pendant trois ans puisque l’on travaille ? ».

*Attention ! Séquence utopie et carambars*

Enfin, pour tous ceux qui n’ont pas l’aplomb d’une Agnès Jaoui avec sa thèse sur rien dans On connaît la chanson, il faudrait vraiment expliquer, plus que le sujet de thèse, comment se passe la journée d’un doctorant, pour ensuite demander aux interlocuteurs en face ce qu’ils font réellement pendant une journée, dans leur travail. Au fond, on le comprend un peu le Gros Niais, s’il ne connaît rien du tout au monde de la recherche, il est normal (ou du moins légitime…) qu’il se demande pourquoi on a besoin de trois ans pour écrire 300 pages ! Il ne sait pas que les vainqueurs du prix ignobel, dont on rigole de l’absurdité des recherches finissent par découvrir des choses incroyables et décrochent parfois le Nobel l’année suivante… L’avantage, c’est qu’en prenant le temps d’en parler, on déconstruit petit à petit les clichés, les représentations sociales qui ont la dent dure, les stéréotypes figés liés à une seule image du métier et que le récit détaillé d’une journée fait basculer.

Le doctorant ne s’en rend pas toujours compte, mais en répondant à cette question de « c’est sur quoi ta thèse ? » il a l’occasion d’ouvrir à des néophytes un pan très spécifique de sa recherche, il est à sa manière un relais de la vulgarisation scientifique, il permet de faire un tout petit peu comprendre ce qu’est ce monde professionnel si particulier, il devient pour un temps précieux un véritable Fred et Jamy de l’université !

Somme toute, je pense très sincèrement que s’il y avait un Fred et Jamy présent à chaque soutenance de thèse pour remettre à l’heureux docteur une de leurs célèbres maquettes colorées pour les récompenser d’avoir répondu pendant trois ans à « c’est sur quoi ta thèse ? » le monde de la recherche irait infiniment mieux…

…sinon, il reste aux doctorants leurs 300 pages de manuscrit pour assommer les Gros Niais !

 

Brimborions

Et pour ceux qui se demandent encore ce que c’est que la manucure 3D, c’est ici ! (âmes sensibles aux Hello Kitty fluos, s’abstenir).

J’en profite pour vous présenter le grand héros merveilleux de la vulgarisation scientifique dessinée et sa copine la grande prêtresse de la vulgarisation scientifique.

Où l’on apprend que Jamy a fait un bac littéraire, une fac de droit et a quand même réussi à me faire comprendre le mécanisme du moteur à explosion.

Pour ceux qui ne connaissent pas la remise des prix Ignobel, voici de quoi les découvrir sur le superbe site de Futura Science (mention spéciale pour le chercheur qui étudie le mouvement des queues de cheval !)

Le comte d’Essex est finalement assez peu sexy (sa barbe semble avoir une texture filandreuse…) on comprend mieux Élisabeth d’avoir fait la fine bouche.

 

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34 Responses to “Et sinon ça parle de quoi ta thèse ? Petit manuel de survie aux doctorants atteints du syndrome du lac de Paladru”

  1. Camilleuh March 2, 2013 at 7:26 am #

    Et si le chercheur était confronté à quelqu’un qui lui disait “c’est trés bien que tu fasses une thèse, je trouve ça formidable! Mais pas la peine de m’expliquer, je n’y comprendrais rien, ne le retiendrais pas et me sentirais un déchet humain”, est ce que le doctorant ne serait pas un peu triste? Hm? En tout cas, je ne savais pas qu’il y avait des gros niais, en fait, je n’y avais jamais réfléchi… Le gros niais est pour le doctorant, malheureusement, un boulet inévitable, alors, hauts les coeurs! Tu contribues à la déniaisisation de l’humanité en ne prenant pas chaque con pour ce qu’il est!! \o/

  2. ermontrude March 2, 2013 at 4:24 pm #

    Oui Camilleuh, tu soulèves le grand problème de cet article…j’ai omis de parler de deux choses :
    -tous les gens adorables qui ont pris le temps de demander en quoi ça consistait “d’étudier la métaphysique du blorg” et qui sont repartis tous contents en se disant “tiens c’est vrai j’imaginais pas ça comme ça la recherche”
    -les doctorants pédants et imbuvables qui répondent “non mais ça sert à rien que je t’explique mon sujet de thèse sur les atomes froids…tu vas rien comprendre de toute façon”…(oui ça existe…)

    • Coldatomser June 14, 2013 at 1:25 pm #

      Mais pourquoi les atomes froids comme exemple, je me sens visee 😦

      • Foutaises June 15, 2013 at 7:43 pm #

        J’ai pris un exemple au hasard, milles excuses ! J’ai plein d’amis qui font des thèses sur les atomes froids et ils sont adorablement adorables et m’expliquent leur recherche ! 🙂

  3. Jacques Bolo March 2, 2013 at 4:35 pm #

    Theodor Caplow a écrit qu’on devrait pouvoir expliquer ce qu’on fait à un enfant de 10 ans.

    C’était à l’époque où l’on croyait à l’éducation (ce truc pour lequel on finance des universités). Depuis, les universitaires ont développé l’idée de la seule reconnaissance par les pairs (pourquoi se fatiguer). Même certains dont on croirait pourtant le contraire (eh bien non): http://www.exergue.com/h/2005-07/medias/faute02.html

    Et d’une façon générale, un bon critère de compréhension de son sujet est de savoir expliquer ce qu’on fait.

  4. Benoît Perrier March 3, 2013 at 9:18 am #

    Hé, «assommer» pas «assumer», non ? Et puis y a un «et» de trop dans la phrase sur les chemises jaunâtres.
    Sinon de chouettes stratégies et un article qui mettra du baume au cœur de mes amis en thèse. Par contre, à quel point le laïus «carambar» sur les préjugés battus en brèche par la communication est-il utopique? A fortiori vu ce qui le précède.
    Enfin, le «regard plein d’école de commerce», quelle superbe formule !

  5. shouhart March 3, 2013 at 12:30 pm #

    je ne vous connais pas, je lis pour la première fois un post de votre blog, je ne sais pas si vous venez de mars ou de venus, si vos végétaux d’intérieurs sont confinés dans des boites de conserve pour préserver leurs propriétés nutritives, si vous utilisez des mouchoirs en tissu avec motifs géométriques dessus ou si vous avez voté hollande à nos dernières élections présidentielles, . Non, rien de tout cela. Mais ce n’est pas grave, je vous aime comme vous écrivez.

    • Eva March 11, 2013 at 7:16 pm #

      Merci, c’est très gentil ! Mes végétaux d’intèrieurs se nécrosent tranquillement au rythme du climat hivernal et aux dernières élections je ne me souviens plus si j’ai voté pour le marsupilami ou pour Foucault mais ça ne fait rien, je reçois avec émotion ce commentaire drolatique !

  6. Robert March 3, 2013 at 1:11 pm #

    Le plus important, c’est de trouver un poste de maître de conférences à la fin de la thèse : poste à vie, bien payé, avec comme seuls comptes à rendre une charge de cours de 192h / an, sans même être inspecté comme dans le secondaire. Bref, une bonne planque que jamais le législateur ne dérangera tant la pression des universitaires dans les réseaux politiques est puissante. Allez, bon courage pour négocier une place de mandarin !

    • Vic March 23, 2013 at 2:36 pm #

      Ah, le retour du “gros niais”…
      Faut il etre pédagogue dans ce cas, et lui expliquer qu’un enseignant chercheur passe en dehors de ses 192h de cours le reste de son temps pour la recherche, que le mot vacances n’a qu’une signification lointaine pour lui car s’il veut progresser dans sa carrière académique il n’a pas l’opportunité d’en prendre, etc, le tout pour un salaire de 1700 euros par mois?
      L’alternative “l’assommer avec 300 pages de manuscrits” semble bien tentante dans ce cas!

  7. Bug-in March 4, 2013 at 1:08 am #

    Intéressant 🙂 Y’a encore une autre possibilité. C’est que l’on reconnaisse (selon les cas) que oui, effectivement, ma thèse ne sert a rien et que tout le monde s’en fou. Que seul regarderons les jurys qui doivent juger a la fin (et encore, parcequ’ils sont payés, pas parceque ça les intéressent) et qu’on n’en retiendra certainement pas grand chose.
    (En philosophie, c’est un lieu commum par ex.).

  8. hatori March 4, 2013 at 8:21 am #

    Bonjour,
    à vous lire, j’ai un peu l’impression que vous vous permettez une vulgaire généralisation en désignant comme “Gros Niais” (à plusieurs reprises) quelqu’un qui peut aussi très bien avoir juste un brin de curiosité intellectuel pour ce monde un peu hermétique (voir “Un tout petit monde” de David Lodge). Pour un article qui prône l’ouverture et conseille le dialogue, c’est un peu cocasse. Mais vos conseils sont destinés au doctorant-e et non au Gros Niais me direz-vous.
    Il me semble pourtant possible d’envisager que ne se sentant pas tout à fait à la “hauteur intellectuel” du doctorant-e (qui est toujours pétri-e d’humilité, lui-elle, c’est bien connu), le Gros Niais (comme vous dites) ai simplement le désir de participer le temps d’un instant à une courte discussion scientifique et de s’élever, un peu. Puis de retomber à sa niaiserie crasse ensuite, je vous rassure.
    Une précision, un enseignant de didactique nous avons expliqué un jour qu’on ne peut vivre sans représentations mentales, même fausses, des choses qui nous entourent et donc votre Gros Niais a de toute façon une représentation même infime de ce sur quoi une thèse porte une fois le sujet évoqué (c’est magique). Il me semble que, plutôt que de se sentir agressé ou ennuyé par des questions vulgaires, tout doctorant-e devrait considérer comme faisant parti intégrante de son travail la déconstruction des fausses représentations et leur reconstructions, questionnables évidemment. Il en va de la transmission de leur découverte dans la société.
    Donc à le définition de niais que vous semblez privilégier, “Qui est empreint de sottise; qui marque la bêtise, la gaucherie.”, j’aurai préféré y déceler celle-ci : “Qui est encore au nid, qui ne sait pas voler.” (in TLFI).
    Pour revenir à votre article, même s’il est drôle et teinté d’ironie, il souffre, à mon avis, d’une posture assez peu compatible avec son propos.
    Cordialement,
    hatori.

  9. journal de thèse March 4, 2013 at 2:52 pm #

    Super article, il faut continuer ce blog, c’est trop rare de rire de la thèse. Pour moi le problème de présenter sa thèse s’est posé avant tout à la période critique des fêtes 😉
    http://histoiresalunettes.wordpress.com/2012/12/27/notes-de-survie-dun-doctorant-a-noel/

    • Eva March 11, 2013 at 7:12 pm #

      Oh merci ! Je me souviens avoir lu ton article pendant les vacances de Noël, du grand art aussi ! Bravo ! J’ai bien ri et l’ai partagé à mes compagnons de peine, ça nous a permis de voir autrement les répliques aussi bienveillantes qu’assassines de la famiglia en période calendale…

  10. GrosNiais March 4, 2013 at 5:28 pm #

    ” il craint par-dessous tout” elle est bien bonne celle-la !

  11. lesigneetleverbe March 4, 2013 at 11:04 pm #

    Il se trouve que j’ai fait une thèse sur les manuscrits médiévaux, alors la comparaison avec les chevaliers de l’an mil au lac de Paladru je peux dire que je l’ai entendue pendant au moins 5 ans! A tel point que parfois, j’avais envie de faire la même réponse qu’Agnès Jaoui dans le film: “Elle sert à quoi ta thèse? – A faire parler les c…” En dehors du monde universitaire (et même en son enceinte si on n’a pas le génie d’être agrégé) la thèse est un boulet. Ce fut ma pire amie… ou ma meilleur ennemie comme on veut. Ce fut 6 ans de ma vie et une chose est sûre: même si je ne travaille plus dans le champ, ce ne fut pas du temps perdu. D’ailleurs je n’ai qu’une envie: recommencer.

  12. Eccentric March 4, 2013 at 11:49 pm #

    Je n’en suis encore qu’au stade du mémoire, mais je pratique déjà la technique du “titre qui en jette”… Grâce à votre article, je vais pouvoir trouver d’autres parades d’ici ma thèse! ^^

  13. Liette March 6, 2013 at 5:25 pm #

    Ma Vava !!

    J’adore ton article, très drôle et écrit comme toi seule sait le faire ! Un vrai plaisir à lire (pour ne pas dire une grosse marade).

    Après je comprends qu’il s’agit aussi d’un défouloir, ce que Hatori ne semble peut-être pas avoir complètement mesuré : il ne s’agit pas de sigmatiser tous les non-doctorants, de les dénigrer ou les mépriser, mais de traiter avec humour la question de ceux qui ont une représentation simpliste et négative de la recherche, dont ils n’essayent d’ailleurs pas de sortir…
    C’est d’ailleurs la conclusion de l’article si on le suit bien : ouvrir les yeux des Gros Niais sur ce qu’est vraiment la recherche, de déconstruire leurs représentations négatives des “thésards” pour leur permettre ensuite, un jour, peut-être, s’ils le veulent, en discutant avec un doctorant, d’être en capacité de réellement s’intéresser au contenu de la recherche que celui-ci est en train de mener.

    Et je précise que je ne suis pas du tout thésarde… Quoi que je souffre moi aussi d’un métier sujet aux représentations, et pas infimes du tout celles-là : je suis fonctionnaire.

    Ouh, la vilaine.

    (bises ma Vava !)

  14. Camilleuh March 8, 2013 at 12:13 pm #

    Hatori : “un enseignant de didactique nous avons expliqué un jour qu’on ne peut vivre sans représentations mentales, même fausses, des choses qui nous entourent” relis-toi donc vieille bique, et cesse d’embêter les gens.

  15. fbianco March 15, 2013 at 8:16 am #

    Merci ! Cela fait tellement plasir de me retrouver dans ton récit. Au moins, je me sens moins seul.

    • Foutaises June 8, 2013 at 5:26 pm #

      Merci !
      Ehh oui, la thèse ressemble parfois à une vaste traversée du désert en solitaire et pour ma part c’est grâce aux superbes blogs “Vie de thésarde”, “PHDelirium”, “Bureau 14 de la Sorbonne” et aussi “Ciel mon doctorat” que je me suis dit : “Bon dieu je ne suis pas seule à m’engouffrer dans les tourbillons houleux de la procrastination et de l’incapacité d’expliquer mon sujet !”
      Bon courage pour ta thèse !

  16. tizel May 29, 2013 at 7:56 am #

    C’est tout à fait ça… Quand, comme moi, tu as fait une thèse en informatique, tu te retrouves catalogué expert en ordinateur, et tout le monde viens te voir pour le réparer en cas de panne… Grrrr

    Bah, oui, un docteur en informatique, ça sait les soigner les ordis malades, non ?

    • Foutaises June 8, 2013 at 6:04 pm #

      Bin quand même ! Tu es docteur en informatique alors tu sais Installer Linux sur le PC du voisin, maîtriser photoshop, créer une base de données documentaire, extraire la carte mère de l’ordi de tonton et faire l’identité visuelle et la bannière du blog du copain de ta cousine, non ?
      Si ça peut te rassurer, mes amis doctorants en histoire sont censés connaître toutes les dates au trivial poursuit, ceux en géographie sont considérés comme des atlas vivant (“C’est quoi déjà la démographie du Sri Lanka ? Bin je sais pas tu sais moi je fais ma thèse sur l’agriculture raisonnée en Provence… Oui mais tu es doctorant en géo tu devrais savoir !”), ceux en lettres doivent connaître la date de naissance de Tristan Corbières et ceux en langues sont des wordreference sur pattes…dure condition que celle de spécialiste ! Heureusement, il existe des domaines où on ne nous embête pas trop car le commun des mortel se demande bien ce qu’on peut faire…la communication, la sociologie, la muséologie, la malacologie… La solution pour être tranquille ! 🙂

      • DM November 25, 2013 at 9:11 am #

        Chère Foutaises, dans mes bras !

        Outre les petites remarques à la con (« un DEA d’informatique ? ça existe ??? »), il y a en effet tous ces gens qui voudraient vous voir installer ceci ou réparer cela… et qui ne semblent pas comprendre qu’avoir fait des études d’informatique ne rend pas omniscient, capable de comprendre à distance, sur la base de symptômes vagues et mal décrits, ce qui se passe dans des logiciels qu’on ne connaît pas sur une machine qu’on ne connaît pas. Qui plus est, si par hasard vous veniez à réparer la situation, on saura vous reprocher tout dysfonctionnement ultérieur, même sans rapport.

        Donc : il vaut mieux raconter qu’on fait des maths. La plupart des gens ayant, semble-t-il, été traumatisés par les maths de collège et de lycée, ne vous demandent pas de précisions.

  17. Scientifique à Poil May 30, 2013 at 12:32 pm #

    Merci à Ciel Mon Doctorat (tout doctorant qui tient un minimum à sa santé mentale suit Ciel Mon Doctorat) pour la découverte de ce lieu de perdition. Sinon pour répondre à c’est quoi ma thèse, j’ai commencé un blog, qui se meurt, rapport aux 300 pages de manuscrpit que je suis en train de pondre (nan là, ya loin d’avoir 300 pages). Et en soirée, l’alternative 2, c’est la vie, ça passe (pour l’instant). Je pense que quelques pages de ce blog pendant les pauses me feront le plus grand bien ! Alors continue !

    • Foutaises June 8, 2013 at 6:16 pm #

      Merci pour ton commentaire ! Waw je ne savais pas que j’étais référencée sur Ciel mon doctorat (oui c’est aussi mon lieu de procrastination favori, avec le blog de “Vie de thésarde” et “PHDlirium” !). Je suis allée voir ton blog, il est vraiment intéressant sur les conditions de vie du doctorant ! 🙂
      Courage pour l’écriture des 300 pages, la libération est proche, et que vivent les foutaises ! ^_^

  18. Cialdella September 20, 2013 at 11:22 am #

    Grand défenseur du lac de Paladru, je m’insurge.. Qu’est ce fameux syndrome du lac de Paladru ?

  19. sbassieres May 18, 2014 at 4:55 pm #

    Reblogged this on Travelinteraction and commented:
    Très bon ! merci;-)

  20. Sarah August 2, 2014 at 12:37 pm #

    Ce merveilleux article s’achève en laideur avec le nail art 3D. Le nail art reste et restera un mystère insoluble pour moi.

  21. get top quality information on read anywhere

  22. Ben August 21, 2015 at 6:05 pm #

    J’ajoute une astuce personnelle, que j’ai pu expérimenter en fin de soirée à quatre heures du matin lorsqu’un ami de mon frère m’a sorti : “Au fait, c’est quoi ton sujet de thèse? En vrai ça m’intéresse! Vas-y je t’écoute.” Acculé, j’ai tenté les réponses les plus allusives et concises possibles tandis qu’il continuait de me tisonner de questions : “Ah! oui? C’est vrai? Développe.”, “Mais pourquoi?”, “Non continue ça m’intéresse”. Alors j’ai répliqué.

    Astuce de rechange (kit de survie) : le retro-interrogatoire
    Vous commencez à en avoir marre, ça fait au moins la trentième fois dans la soirée qu’on vous demande sur quoi vous travaillez. Vous avez déjà épuisé toutes les méthodes, quand vous vous retrouvez face à un nouveau relou sorti de nul part qui en plus a l’air particulièrement coriace. Une seule solution : faire subir à votre interlocuteur exactement le même interrogatoire, adapté à son métier. En gros ça donne ça :
    Moi – Et toi tu es cuistot c’est bien ça?
    Le pote de mon frère – Oui, c’est ça.
    – Et ça consiste en quoi?
    – Bah… Préparer des plats, concevoir des recettes, dresser des assiettes.
    – Ah oui? Comment ça?
    – Pardon?
    – Comment tu dresses une assiette, c’est pas compliqué?
    – Euh, non…
    – Et genre tu mets des sauces et tout?
    – Oui.
    – Et tu assaisonnes avec quoi tes plats?
    – Je sais pas, de l’ail, du poivre…
    – Ah oui? C’est tout?
    – Nan mais, ‘fin je sais pas…
    – C’est chiant, n’est-ce pas?

    Il n’y a pas de raison qu’on soit les seuls à subir des interrogatoires pareils : le/la documentaliste sera soumis à un questionnaire en règle sur le système de classement qu’il/elle utilise, l’informaticien/ne sur les fonds d’écran qu’il/elle préfère, le/la coiffeur/se sur tous les types de ciseaux qu’il/elle a à disposition, etc., jusqu’à ce qu’on nous lâche enfin la grappe.

    • Foutaises August 22, 2015 at 1:53 pm #

      Mille mercis Ben pour cette stratégie hautement réflexive, un poil vengeresse et (j’avoue…) extrêmement drôle ! 🙂
      Je n’hésiterai pas l’utiliser en fin de soirée dans des moments de désespoir ! Tu m’autorises à la rajouter dans mon article (en te citant bien sûr, je fais attention à l’impact factor bloguesque ^^) ?

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  1. Somewhere else, part 36 | Freakonometrics - March 7, 2013

    […] “Si vous non plus vous ne savez plus quoi répondre quand on vous demande sur quoi porte votre thèse”, via yann_c sur https://theseantithesefoutaises.wordpress.com/… […]

  2. Doctorat | Pearltrees - July 26, 2013

    […] Et sinon ça parle de quoi ta thèse ? Petit manuel de survie aux doctorants atteints du syndrome du… […]

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