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Le correcteur orthographique, ce générateur de lapsus. Quelques idées pour le piéger

10 Mar

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« Au commencement était le verbe », ensuite le correcteur orthographique automatique s’en est mêlé et les doctorants du monde entier ont commencé à haïr les logiciels de traitement de texte.

Le correcteur orthographique m’apparaît comme un immonde tyran aveugle, le plus froid des monstres froids. C’est un fait.

De manière plus générale, toute personne ayant dû rédiger un document de plus de 500 pages avec des annexes démiurgiques, des sauts de section continus et des notes de fin a forcément juré des heures durant contre les sautes d’humeur pestilentielles de Word, la froide suffisance de Latex, les sommaires inconstants et faquins d’Open Office.

Quand vous rajoutez à cela la fourberie du correcteur orthographique au vocabulaire forcément déficitaire, on atteint des sommets d’absurdité. Déjà dès la plus tendre enfance on voit qu’il souligne de vaguelettes rougeâtres tout ce qui ne rentre pas dans son panthéon lexical : nos noms de famille, nos prénoms, nos surnoms, nos villes ou même de joyeuses et innocentes onomatopées ; nous faisant déjà comprendre notre illégitimité orthographique, nous montrant par là à quel point avec lui ça ne rigole pas !

Il est temps d’apprendre à se venger.

Cela dit, le système de correction automatique voire de reconnaissance vocale du smartphone, a également sa part de responsabilité.

Sans comprendre le contexte, ces fleurons des technologies intellectuelles nous imposent des mots si éloignés de la proposition de départ que l’on ne peut que s’étonner de leur manque de tact.

Ils jouent les yeux bandés avec les sabres acérés des axes syntagmatiques et paradigmatiques. Ils lancent des shurikens lexicaux à l’aveuglette et ruinent nos mails et textos. Certes ils ont avalé le dictionnaire mais ils ne vivent que par et pour la morphosyntaxe et ne sont capables que d’une seule réflexion « Tiens ! Ce mot ressemble à tel autre, je vais donc le changer ». On ne peut pas bien sûr leur reprocher de ne pas prendre en compte le contexte, mais force est de constater qu’ils choisissent toujours le mot le plus embarrassant dans leurs corrections.

Il est tant d’accuser le pire de tous : ProLogos et d’exposer publiquement ses méfaits et listant ici ses pires ignominies :

-Dans un mail professionnel, ProLogos a remplacé « orga » par « orgie », « bon appétit » par « Meetic », « lambda » par « lambada », et finalement « organe » par « orgasme ».

Sans me relire, j’ai donc envoyé à mes collègues le message suivant :

« Bonjour Monsieur,
Le 15 mars me convient pour l’orgie, je vous apporterai des documents lambada pour constituer un programme. Il faudra également réfléchir à l’orgasme de presse à contacter pour le 4 avril.
Meetic, et à ce demain.
Cordialement »

Mais si un jour j’écris le mot « meetic », il ne va pas me transformer ce mot en « bon appétit », non il va me le remplacer inexorablement par « métis » ou par une autre paronymie issue de son esprit pervers, faisant de ProLogos un merveilleux et infini générateur d’analogie et de n’importe quoi !

Il fait surtout figure de magnifique générateur de lapsus des temps modernes et aurait constitué un superbe terrain de jeu pour les Oulipiens de tout poil !

Il s’applique surtout à s’acharner sur des sujets précis, des sujets précisément qu’il ne maîtrise pas vraiment : la littérature, la sémiologie et justement l’OuLiPo.

Il vous faut des preuves ?

-Dans un article de recherche, ProLogos a remplacé « Georges Perec » par « égorgé Perec »

-ProLogos mène généralement, une guerre farouche contre la littérature puisqu’il m’a changé « Boris Vian » en « Bourreau Viande », « Un amour de Swann » par « Un amour de scan », « Proust » en « peluche » quand ce n’est pas « prout » et « brousse ».

-ProLogos ne veut pas entendre parler de Roland Barthes, il me le remplace systématiquement par « Roland Beurk » quand ce n’est pas “Blatte”.

-Il a également une dent contre les musées. Il remplace systématiquement le mot « muséologie » par « musicologie », l’adjectif « muséal » par « museau ». Créatif autant que subversif, il s’applique obstinément à me montrer l’inexistence lexicale de chaque mot que j’emploie.

J’ai désactivé ProLogos le temps d’écrire cet article, mais en faisant une ultime relecture, j’ai eu quelques remords et je l’ai réveillé. Tout de même, il corrige si bien les espaces insécables manquants entre les guillemets et le mot suivant… Et en relisant le texte, il ne s’était même pas rendu compte j’avais mal orthographié son patronyme.

Aveugle et fou… Mais humble, et peu rancunier.

Je crois qu’une entente est possible.

***
Une fois mon correcteur orthographique calmé, il me restait à dresser la reconnaissance vocale de mon smartphone. Je voulais tester ses limites, le pousser à bout pour me venger de tous les lapsus gênants qu’il avait écrit pour moi.

J’ai alors tout tenté : lui dicter l’alphabet, lui chanter les Beatles à fond, mais à chaque fois il s’en est très bien sorti. Il a même reconnu avec brio une version un peu revisitée de Hey Jude ! Il a alors fallu que je tente le tout pour le tout. Je lui ai chanté le premier couplet de Ta Katie t’a quitté de Boby Lapointe, récité deux ou trois textes de Perec et de Queneau puis lui ait chanté la Complainte du progrès de Boris Vian.

Pour lui, ç’en était trop de phonèmes comparables, trop de paronymies, beaucoup trop de beauté surtout. Il n’a pas supporté, il s’est éteint sur le coup !

Depuis, à chaque lapsus qu’il interprète (quand par exemple je lui dicte « dans mes bras » et qu’il écrit « dans mes bars ») je le menace de lui lire les œuvres complètes de l’OuLiPo et il se calme immédiatement.

Depuis peu, il s’est même mis à la poésie, je lui lis des vers ou des chansons et je regarde ce qu’il m’écrit.

Il m’écrit : « Missing you the sky with diamonds », il m’écrit « Ce soit au bar Igor hagard et Morena regardent voir le dessous des blouses blanches, mais non éclatante, elle est retrouvée, quoi ? L’éternité, la mer, le temps, le soleil ».

Je ne comprends pas toujours ce qu’il dit, mais je crois qu’un jour je vais réussir à parfaire son éducation.

NB : Je retire absolument tout ce que j’ai dit de positif sur ProLogos… Dans une ultime relecture, il m’a proposé « catin » pour « Katie », « bobine la poutine » pour « Bobby Lapointe », « Judo » pour « Jude » et « chnoque » pour « Queneau ». C’est bas comme vengeance.

Du chat de Schrödinger à Sheldon Cooper. Pourquoi la physique quantique est-elle devenue mainstream ?

30 Sep

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« Mais est-ce que la physique quantique a un rapport avec Kant ? » m’a un jour demandé une amie.

Aujourd’hui, quel non-physicien saurait définir l’adjectif « quantique » de façon simple et décrire quelques expériences majeures de cette discipline sans faire un gros raccourci à base de boutades sur le chat de Shrödinger ?

C’est un fait avéré, si l’on ne prend pas le temps de faire une recherche approfondie, les représentations de la physique quantique sur internet ont tendance à se réduire à une photo de chat dans un carton.

Faisons l’expérience, tapons « physique quantique » sur Google image.

Qu’obtient-on comme résultats ?

-Une photo de manuscrit plein d’équations

-Un schéma d’un chat dans un carton

-Un dessin d’atome en mauvaise image de synthèse

-La première de couverture d’un ouvrage intitulé « De la physique quantique à la spiritualité » avec des halos photoshop kistchement bleus tout autour

-Un dessin de boule de pétanque dans une toile cirée (qui est censé représenter une des théories de la relativité et n’a donc a priori aucun rapport avec la quantique !)

Afin d’y voir plus clair dans ce marasme de représentations disparates, je suis allée chercher un physicien quantique. Après avoir franchi les portes de l’université Paris 11, il a fallu me faufiler dans les couloirs interminables du laboratoire Aimé Cotton, peuplé de scientifiques à la masse capillaire géométriquement variable. J’ai pris celui qui ressemblait le plus au Dr Emmett Brown et lui ai dit :

« Je ne sortirai pas d’ici sans avoir compris ce qu’était la physique quantique ni pourquoi quand on cherche des infos sur internet on tombe sur des photos de lolcat dans des cartons ? »

En échange, je lui ai promis une figurine de Sheldon Cooper et une caricature de l’approximation d’Oppenheimer.

Il a pris le temps de tout m’expliquer avec une clarté incroyable et c’est pourquoi je propose ici un récit vulgarisé de quelques expériences déconcertantes de la physique quantique, qui iront assurément plus loin que celles de Shrödinger.

En effet, cela n’aura pas échappé à l’œil acéré du procrastinateur, de plus en plus de mèmes internet diffusent des blagues sur l’expérience du chat de Schrödinger mort vivant, celui-ci étant devenu définitivement mainstream, c’est-à-dire inscrit dans la culture populaire.

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Une question se pose alors : pourquoi cette branche de la physique est-elle propice à la vente de tee-shirt « Shrodinger cat wanted : dead AND alive » et non la mécanique des fluides ou la thermodynamique ?

Outre le fait que les blagues sur le chat de Shrödinger allient la popularité de l’humour lolcat à l’érudition scientifique chère à la plupart des geeks, nous pouvons trouver d’autres raisons à ce phénomène de popularisation.

***De la physique à la lolphysique
D’une part, le protocole de l’expérience du chat est facilement explicable puisqu’il s’agit d’une expérience de pensée et non une expérience effective. En effet, l’agonie quantique d’un chat dans une boîte est plus facile à concevoir qu’une équation illustrant la superposition d’états atomiques.

L’expérience de pensée est une façon de résoudre un problème, qu’il soit physique ou philosophique, en utilisant la seule imagination humaine, en se demandant « Que se passerait-il si ? ». L’une des plus connues est celle du paradoxe des jumeaux dans l’espace développée par Langevin pour vulgariser la théorie de la relativité restreinte d’Einstein. L’expérience de pensée serait à la physique expérimentale ce que la parabole est aux Évangiles : une façon d’expliquer concrètement des concepts complexes en substituant un récit imagée à une équation.

Ainsi, l’exemple du chat à la fois mort et non mort est une expérience de pensée conçue par Erwin Shrödinger en 1935 pour expliquer au public la notion de superposition d’état à l’échelle microscopique dans le champ de la mécanique quantique et pour montrer la difficulté de son passage à l’échelle humaine.

Cette expérience de pensée est relativement simple : on place un chat dans une boîte en compagnie d’un atome radioactif qui doit déclencher lors de sa désintégration un dispositif permettant de casser une ampoule de cyanure et de libérer ainsi le gaz mortel. Comme il est possible en mécanique quantique, pour un atome, d’être à la fois désintégré et non désintégré, le processus se trouve donc à la fois déclenché et non déclenché, et le chat se retrouve alors dans une superposition d’états : mort ET vivant. Cette expérience de pensée qui contredit le principe de non-contradiction a depuis été fréquemment réalisée avec des atomes, des ions, des photons, en laboratoire (notamment par le dernier lauréat du prix Nobel de physique, Serge Haroche) afin de confirmer le fait qu’un atome pouvait être dans deux états à la fois : excité et non excité.

Pourquoi ces expériences sont-elles révolutionnaires ?

Elles remettent en cause une grande partie des lois de la physique classique établies par Galilée et Newton et foutent un joyeux bordel entre les lois de la physique atomique et de la physique à l’échelle humaine.

Pour résumer, les lois de la physique s’appliquent partout de la même façon (qu’il s’agisse des planètes ou des cellules humaines) mais il se trouve qu’on perd les propriétés quantiques des atomes quand on passe à des échelles plus grandes. C’est cette énigme que la physique actuelle cherche à comprendre, l’expression « physique quantique » s’occupant donc des quanta qui sont des quantités élémentaires dont certaines sont observables à l’échelle atomique.

En outre, et c’est là que ça devient intéressant (et que les fans de SF se réveillent !) quelques physiciens tels que David Deutsch et Hugh Everett supposent que l’expérience de pensée du chat de Shrödinger ouvre la voie à des interprétations concernant les univers multiples. Ils imaginent qu’il existerait deux univers parallèles : l’un dans lequel le chat serait mort et l’autre dans lequel le chat serait vivant.

La réception de l’expérience est donc intéressante sur ce point : les images du chat à la fois mort et non-mort font fantasmer sur l’existence des mondes parallèles. Cela permet de faire des blagues sur Sliders : les mondes parallèles, de vendre des tee-shirts : « Schrödinger cat plays with string theory ! », de comprendre les blagues de Sheldon Cooper dans Big Bang Theory, le tout sans se taper les laborieuses équations… C’est une sorte de physique que l’on pourrait appeler la lolphysique, assurément plus exaltante que l’introduction à la rhéologie ou à la résistance des polymères.

En effet, si la majorité des films nous montre des rapports étroits entre les laboratoires scientifiques et les inventions fantastiques (De retour vers le futur à Avatar en passant par Jurassic Park), c’est qu’il y a un engouement pour une forme de « surnaturel rationnel » qui amène à un raisonnement empirique de type :

« Ce n’est pas vraiment raisonnable de croire à l’existence les mondes parallèles, mais puisque c’est scientifique, puisque c’est Shrödinger qui l’a dit alors on peut y croire quand même un peu », et c’est là que la physique quantique franchit le pas qui l’amène dans le domaine de l’imaginaire, du fictionnel et du divertissement.

D’ailleurs, il n’y a pas que la quantique qui fait rêver : certains aspects de la relativité comme l’expérience de pensée des jumeaux dans l’espace qui vieillissent à des vitesses différentes et les trous noirs qui (selon certains !) permettraient de voyager dans l’espace-temps rappellent bon nombre de films de SF et leurs scientifiques chevelus de type Dr. Emmett Brown.

Cependant, au-delà du très médiatisé chat mort-vivant, d’autres expériences de la physique quantique sont tout aussi intrigantes et seraient susceptibles de devenir mainstream.

***Quand la science n’a pas l’air scientifique…
Commençons par la poétique expérience des photons jumeaux.

Il s’agit d’une expérience de pensée élaborée par Einstein en 1935 dans le but de foutre en l’air la quantique (ce qui n’a hélas pas marché !) et réalisée par Alain Aspect à Orsay en 1982.

Deux photons, des particules lumineuses, sont créés simultanément (on les appelle à ce titre des « photons jumeaux ») puis éloignés l’un de l’autre. On observe alors que toute perturbation sur l’état d’un des deux photons perturbe immédiatement l’état de son jumeau, même s’ils sont placés à une très grande distance l’un de l’autre. Le record est détenu à ce jour par Anton Zeilinger sur deux photons éloignés de 143km entre deux îles des Canaries. Cette communication instantanée entre les deux photons implique un transfert d’informations plus rapide que la vitesse de la lumière (puisqu’il est instantané) ce qui est en contradiction complète avec la théorie de la relativité pour laquelle il ne peut pas y avoir de déplacement plus rapide que la vitesse de la lumière. Cela nous amène donc à revoir à la fois la théorie de la relativité, la notion d’espace (car qui dit communication instantanée dit remise en cause de la distance !) et permet d’envisager une certaine forme de téléportation d’informations.

Toujours dans ce domaine de mécanique quantique, des chercheurs travaillent également sur des aspects étonnants de la matière, notamment la dualité onde-particule.

Précisons de prime abord qu’un électron peut se comporter de deux façons différentes : comme une particule (à la manière d’une balle) ou comme une onde (à la manière des ondulations à la surface de l’eau quand on y lance un caillou). Prenons alors une paroi percée de deux trous, sur laquelle on envoie un faisceau d’électrons. Sur un écran d’observation situé derrière la paroi, on détecte l’impact des électrons qui ont traversé la paroi. On observe alors des figues d’interférence caractéristiques de la nature ondulatoire des électrons : tout se passe comme si les électrons étaient passés par les deux trous à la fois (!) comme le ferait une onde lumineuse se propageant dans toutes les directions. Cette découverte a notamment valu un prix Nobel à Davisson et Thomson en 1937. Le plus étonnant dans cette expérience, c’est que si on cherche à savoir par quelque moyen que ce soit, par quel trou l’électron est passé, on détruit les figures d’interférences sur l’écran d’observation. Autrement dit, si on cherche à détecter la position d’un électron et donc si on le force à se comporter comme une particule, il cesse de se comporter comme une onde ! A l’inverse, si on ne l’observe pas et si on laisse libre cours à sa nature ondulatoire, alors les figures d’interférence réapparaissent et les électrons recommencent à « passer par les deux trous à la fois » ! Ici les électrons se comportent comme de petits lutins malicieux qui changent de comportement en fonction de s’ils sont regardés ou non… Une pudeur de l’électron se laisse entrevoir dans ces taquineries quantiques.

Ce qui est intéressant c’est que dans l’imaginaire collectif ces expériences font davantage penser à des scénarios de science-fiction qu’au domaine universitaire.

Venons-en enfin à mon expérience préférée : l’effet tunnel.

Il a été prouvé que des atomes et des électrons pouvaient également se « téléporter » de l’autre côté d’une porte fermée. C’est une conséquence du caractère ondulatoire de la matière, c’est-à-dire que l’atome se comporte comme une onde (et non plus comme une particule) le temps de passer de l’autre côté de la porte et ensuite se rematérialise une fois passé de l’autre côté. Ainsi, une particule que l’on n’observe pas a tendance à se délocaliser et à posséder une « probabilité de présence » dans différentes régions de l’espace dont certaines qui lui sont théoriquement interdites, car elle n’a pas l’énergie pour y accéder, par exemple franchir une porte fermée. Dans ce cas, l’observation de sa position va la ramener à sa nature de particule (et non plus d’onde) et donc la projeter dans une de ces régions de l’espace. Épisodiquement, une particule va donc se retrouver dans une de ces régions interdites ! Des microscopes extrêmement performants, appelés « microscopes à effet tunnel » fonctionnent en utilisant ce principe.

Ces expériences que les chercheurs ne peuvent pas expliquer totalement sont celles qui ont le plus de chance de fasciner les passionnés car ces frontières de la connaissance intriguent terriblement.

Dans mon esprit, j’ai tendance à compartimenter le savoir dans des catégories « possibles » et « impossibles ». Dans « impossible » j’avais placé la téléportation d’information, excepté quand j’étais au cinéma. Les expériences de la physique quantique m’ont alors semblé un outil incroyable pour sonder l’imaginaire populaire et la frontière ténue que chacun négocie dans sa tête entre rationnel et improbable.

***Des recherches polémiques
Tout ce qui a été dit plus haut concerne la physique quantique et sont des résultats admis par l’ensemble de la communauté scientifique.

Mais comme je me suis engagée dans une démarche d’analyse du rapport entre science, fantasmes et SF, il y a d’autres domaines scientifiques qui abordent ces questions et que je souhaiterai évoquer, bien que tous ces chercheurs soient loin de faire l’unanimité.

En effet, certains chercheurs revisitent la méthode expérimentale en remettant en cause l’objectivité de cette méthode qu’ils définissent comme un protocole expérimental choisi par l’homme et donc foncièrement subjective… Les personnes qui travaillent là-dessus sont minoritaires mais ne sont pas forcément dénuées de formation scientifique.

***Ces physiciens borderline

A titre d’exemple, le prix Nobel de physique Brian Josephson s’appuie sur l’expérience des photons jumeaux précédemment citée pour amener le constat de la téléportation d’informations vers une théorie de la télépathie à l’échelle humaine. Aussi étrange que cela puisse paraître, en consultant sa page officielle sur le site de l’université de Cambridge, on trouve par ailleurs un lien vers ses études sur les relations entre physique quantique et paranormal.

Pourtant, s’intéresser à ces thématiques n’est pas anodin pour la carrière d’un physicien, le danger du « charlatanisme » guettant le chercheur qui s’éloigne du « scientifiquement correct » pour s’intéresser à des sujets moins ordinaires, qualifiés de « paranormal » par certains, « non académiques » par d’autres.

Quelles seraient alors les limites du « scientifiquement correct » ?

Où finit le crédible et où commence le fantaisiste ? Les prix Ig Nobel annuels rendent bien compte, à une échelle plus humoristique de cette compartimentation des sujets de recherches sur des échelles délimitées par des pôles axiologiques : utile/inutile, intéressant/farfelu, sérieux/ridicule, pour le bien de l’humanité/pour trois sociologues que ça intéresse…

Selon certains physiciens il y aurait des sujets tabous de la recherche scientifique. En effet leur hiérarchie peut leur interdire de s’intéresser à certains sujets jugés trop fumeux au point qu’ils se demandent : « Est-ce seulement interdit de se poser ces questions ? »

Il y aurait actuellement à déplorer le manque d’histoire des sciences et de philosophie des sciences dans les formations de physique à l’université, ce qui permettrait de prendre du recul sur les limites mouvantes du scientifiquement correct (« Quels thèmes étaient proscrits à telle ou telle époque ? »).

C’est donc l’occasion de faire le point sur quelques détails historiques !

***Alors tout est relatif ? Non !

Tous les physiciens admettent les résultats incontestables de la physique quantique, (même si elle n’est pas encore complète en ce qu’elle n’explique pas la gravitation) qui est considérée à l’heure actuelle comme la plus fiable et la plus précise des sciences exactes.

J’ai parlé jusque-là du caractère soudainement fun de la physique quantique. On observe aussi le même engouement pour les expériences de pensées de la relativité, bien que ces deux courants de la physique soient partiellement antagonistes.

De nombreux physiciens théoriciens cherchent à réconcilier ces deux approches en découvrant une théorie ultime, une sorte de théorie du grand tout (notamment la théorie des cordes sur laquelle travaille Sheldon Cooper et la gravitation quantique à boucles qui est le domaine de prédilection de Leslie Winkle). Cette quête de l’univers résumée en une seule théorie du grand tout donne à voir une « science pas vraiment scientifique » (au sens de scientiste ou positiviste) dans le sens où pour certains chercheurs elle est à la recherche d’une réponse spirituelle.

Il y a donc dans la physique quantique une volonté poignante de comprendre des principes permettant d’expliquer la totalité des lois qui régissent le monde, une volonté cognitive englobante, à l’échelle de l’univers, qui rappelle les mythes fondateurs de la religion se créant un passé pour se comprendre et ce qui explique notamment que l’on tombe sur ce genre d’images kitsch sur Google en tapant « physique quantique ».

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Et en effet, la découverte de la physique quantique m’a réconciliée avec la froideur apparente de cette science, et le récit de toutes ces expériences, au fur et à mesure qu’il ramollissait certaines idées reçues m’a profondément ému, m’a permis de reconsidérer le temps, l’espace et les questions métaphysiques à l’aune de repères inattendus.

Si beaucoup sont exaltés, certains sont au contraire effrayés par cette conception inaccoutumée des lois de l’univers, mais les réactions émotionnelles fortes que ces théories suscitent aident peut-être à comprendre l’écho monumental qu’elles ont dans le domaine de la culture populaire en ligne.

 

 

 

 

 

 

***On veut en savoir plus ! Quelques références

Le cantique des quantiques, est une lecture idéale ! On y découvre de fascinantes expériences de physique quantique (le chat de Schrödinger, les photons jumeaux, la téléportation d’informations, le caractère ondulatoire et délocalisé de la matière…). Un chapitre est également consacré aux physiciens qui ont travaillé sur des thématiques davantage contestées, comme David Bohm et Brian Josephson… L’auteur cite aussi les détracteurs et leurs arguments.

E=mC2 biographie d’une équation de David Bodanis. Certainement l’ouvrage le plus accessible et le plus fascinant pour comprendre le sens de cette équation déconcertante de brièveté. Pour les impatients, E=mC2 ça veut dire que la matière peut se transformer en énergie et inversement. Par exemple une petite quantité de matière (comme un atome) peut libérer énormément d’énergie lors d’une réaction nucléaire c’est-à-dire qui concerne le noyau de l’atome (c’est le fameux principe de la bombe atomique les gars !). L’ouvrage retrace l’histoire non pas d’Einstein mais de chacun des termes compris dans l’équation (E pour énergie, = pour égale, m pour masse, C pour célérité (vitesse) et 2 pour le carré en expliquant quand et commun chacun de ces termes a été découvert et diffusé). On apprend au passage comment toutes les femmes scientifiques qui ont participé au socle expérimental ou théorique permettant à Einstein de trouver la formule sont de pauvres cocues de l’histoire scientifique… Émilie du Châtelet et Lise Meitner ça vous dit moins de trucs que Poincaré, Leibniz, Oppenheimer, Voltaire et Lavoisier ? Et pourtant elles ont autant apporté à la science…

Que sait-on vraiment de la réalité ? Un film (adapté en livre) étonnant et très controversé qui donne la parole à de nombreux scientifiques qui s’intéressent au lien entre science et paranormal.

*Brimborions

Par pitié, arrêtons de dire « Tout est relatif » en citant Einstein…cela n’a rien à voir ! C’est en cherchant une forme d’absolu (les lois de la physique doivent être les mêmes quel que soit le référentiel) qu’Einstein a établi sa théorie dans laquelle est apparue la relativité du temps, d’où son nom. Mais en réalité, Einstein était dans une quête de principe absolu et fédérateur, donc à l’opposé de l’expression « Tout est relatif » au sens de : « Tout se vaut, tout dépend du contexte à l’échelle de l’univers mon petit problème administratif à la CAF n’a pas de sens… ».

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Ode à l’appareil photo jetable et à quelques autres brouillons émouvants

26 Jun

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Un grand merci à la talentueuse Stéphanie Boulnois pour l’illustration.

Ce qui me chagrine avec l’appareil photo numérique c’est qu’on ne garde plus aucune trace des photos ratées, des portraits flous, de certains clichés mal cadrés au charme fou, tout empreints de l’émotion du moment.
En une seconde sur l’ordinateur, on efface pour toujours les vestiges de nos échecs photographiques, ne conservant que les réussites. On perd ainsi la surprise du développement des photos argentiques, la terrible attente pendant laquelle on imagine chacun des clichés pris pendant ce voyage en Andalousie. Durant le temps du développement photographique, on n’a de cesse de se demander comment nos aventures seront traduites en format 15x10cm. Enfin, devant le comptoir du photographe, on n’en peut plus d’attendre alors on ouvre fébrilement le boîtier et l’on se délecte de la surprise : laquelle des photos nous déçoit, laquelle nous ravit ? Qu’elles soient sublimes ou sans intérêt, on est obligé de les conserver. On garde avec nous les brouillons de nos créations, les étapes qui ont fait de nous chaque jour un photographe un peu moins mauvais. Les retrouver au fond d’un placard nous fait sourire.
Certaines, trop floues, étaient affublées d’un petit autocollant noir « non facturé », déposé par le photographe d’un ton de reproche mêlé de magnanimité. Aujourd’hui, qui irait faire développer les preuves de sa banalité photographique quand une seconde après avoir pris un cliché on peut en juger l’insignifiance puis le supprimer ?

Ressortons aussi nos brouillons du bac : des feuilles roses layette couvertes de gribouillis, de dessins, de citations remâchées : à droite une problématique soigneusement recopiée, à gauche une phrase d’accroche pour l’introduction, un élan d’inspiration cette accroche, le crayon a presque troué le papier !

Certains brouillons dégagent une beauté nostalgique et il serait bien dommage de ne pas s’arrêter devant quelques secondes.
Que seraient les romans de Proust sans ses paperolles, myriades chaotiques de petits papiers collés à ses manuscrits au fur et à mesure que le récit se tisse et se déploie ? Ratures, flèches et commentaires tassés dans la marge témoignent autant du caractère méticuleux de l’écrivain que de l’électivité de la littérature où l’auteur sans cesse est confronté au dilemme d’un mot plutôt qu’un autre.

Aujourd’hui, à une heure où les contours se doivent d’être précis, le filtre instagram bien placé, et le dessin vectoriel, le désordre du brouillon fait pâle figure. Le traitement de texte en ne conservant que le stade final de la création, nous fait oublier les égarements où parfois l’inspiration se déploie. Serait-ce précisément ces imperfections qui font le charme et l’intérêt de ce dont nous contemplons la beauté ? Même si l’art numérique conserve les différentes étapes de la création dans des systèmes documentaires, certaines technologies tendent à masquer le fait que les grands artistes ont commencé par tâtonner.

Prenons l’exemple que nous donne le théâtre. Si l’on y pense, le spectacle que nous pensons achevé n’est qu’une répétition générale de plus. En y réfléchissant, le metteur en scène aurait pu choisir de ne le présenter que vingt répétitions plus tard (ou plus tôt !). Mais alors, quel est le critère définissant le degré d’aboutissement d’une création ? Comment tracer une limite ? Dans ce cas, si l’œuvre d’art n’est qu’un processus interrompu, pourquoi ne pas créer à l’instar du salon des Refusés imaginés par Chintreuil un musée du Brouillon où esquisses et croquis se disputeraient la vedette ? À la dernière salle, après s’être imprégné de la démarche créatrice de l’auteur, on verrait enfin les tableaux définitifs (c’est d’ailleurs la façon dont est exposé Guernica au musée Reina Sofia, précédé par ses esquisses !).

Si l’œuvre d’art n’est pas un tout figé mais s’inscrit dans un temps de vie, nier ce temps revient à nier le travail de l’auteur. Si science sans conscience n’est que ruine de l’âme, texte sans contexte n’est que ruine de l’art…et de son commentaire. Prenons Hamlet Machine, la dernière pièce d’Heiner Müller. Longue de neuf feuillets, elle est l’essence condensée d’une centaine de pages. Lire cette pièce sans chercher dans les sous-entendus à reconstituer dans son imaginaire l’époque historique qui la transcende revient à lire du vide…et accessoirement à ne rien comprendre…et à s’ennuyer sans commune mesure…

De même qu’on tend à omettre le processus créatif, on n’étudie pas assez les romans ratés, les inventeurs dans l’ombre. On ne se penche pas assez à mon sens sur les insuccès des auteurs. Personne aujourd’hui, à part quelques spécialistes, ne lit plus les pièces de théâtre de Voltaire ni de Diderot, car on a jugé leur contenu inférieur à celui de leurs essais philosophiques. C’est ce qu’explique Jauss dans son Esthétique de la réception. Pourtant, au même titre que le brouillon, le roman raté d’un auteur célèbre posséderait peut-être un charme indéfinissable, probablement dû à son insuccès.

Un sublime ratage aurait-il mille fois plus d’intérêt qu’une fade réussite ?
L’erreur, malgré la désapprobation qui la déshonore est pourtant bien plus riche en expériences que la réussite et sur le sujet je ne m’étends pas plus au risque de digresser des kilomètres à propos de la sérendipité (qui si l’on y pense, n’est autre chose qu’une heure de procrastination qui a bien tourné…). Pourquoi alors ne trouve-t-on pas dans les livres d’histoire plus d’écueils célèbres ? Pourquoi ne lit-on pas les romans que les spécialistes d’aujourd’hui mésestiment, l’histoire des vaincus, l’histoire du quotidien, du pas fini, du sans intérêt, du maladroit, du à peu près, de l’infraordinaire au sens de Perec ?

C’est pourtant si exotique d’ouvrir des romans dénigrés. En se procurant une pièce de théâtre de Voltaire, on a l’impression délicieuse d’échapper aux serres griffues des normes académiques… Je m’étonne d’ailleurs que les hipsters n’aient pas déjà lancé la mode.

En sortant les brouillons, les ratés et les oubliés des placards et en les lisant, on leur découvre un autre visage : ils sont les premiers soubresauts de l’inspiration à l’œuvre, source et éclosion d’un monde singulier encore inimaginé.

Illustration : Stéphanie BoulnoisFilez immédiatement sur son site ou elle fait de très belles choses, des illustrations joyeuses et sobres, douces et percutantes, de quoi épuiser mes stocks d’oxymores !

 

L’impossible deuil de la fermeture de MSN Messenger : préhistoire du réseau social et nostalgie numérique

9 Jun

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Il y a quelques semaines lorsque MSN messenger a disparu du paysage, a déferlé sur les réseaux sociaux une étrange et virale vague de nostalgie.

Au-delà de l’attachement lié aux souvenirs des longues conversations adolescentes et des « Cthoung » soudains qui venaient ponctuer le : Lolotte13 vient de se connecter, comment s’est déployée cette vague de mélancolie ?

***Nostalgie vient de se connecter

Ce qui a rendu triste tous ceux qui ont grandi au son des wizz, ce sont quelques unes des possibilités ludiques de l’interface.

En vrac : la possibilité d’écrire en Comic San MS rose à un âge où l’on ne sait pas encore que c’est indécent, les émoticônes dont on apprenait les raccourcis pour les écrire plus vite, le logo avec l’horloge qui signifiait : Parti manger, la chasse aux perfides kikoulol !

Vous vous souvenez des avatars par défaut avec les images de jeux d’échec ou de ballon de foot ? Vous vous souvenez de : Jouer cochon danseur ?

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Le choc de l’annonce de la fermeture a été tel qu’une étonnante vidéo proposant une interview de l’icône MSN a permis de remémorer les bons souvenirs tout en facilitant l’acceptation de la perte de l’interface.

Et puis MSN, n’en déplaisent aux parents qui affirment qu’avec internet : On parle avec des gens au bout du monde mais on ne prend pas la peine de discuter avec ses voisins de palier, c’était une manière de tisser du lien social à l’adolescence ! Peut-être pas le plus épanouissant, peut-être pas le plus pratique, mais à 14 ans ça avait son importance. Pour tous les préadolescents coincés dans leur campagne profonde, sans scooter ni voiture et qui voulaient garder contact avec des amis éloignés, c’était presque la seule alternative à l’heure où les forfaits téléphoniques n’étaient pas encore illimités.

Ah ! Et vous vous souvenez du : Je peux aller sur MSN ? Non je téléphone !, de l’époque où il fallait choisir entre la connexion internet et le fixe ?

Comme tout le monde, sur MSN, j’ai vu grandir des amitiés, j’ai ri, je me suis disputée, je me suis réconciliée, j’ai préparé la veille au soir des TPE de première sur le théâtre de l’absurde, connectée avec deux copines, j’ai envoyé des photos rigolotes du site Koreus, j’ai mis mon pseudo « occupé » pour ne pas répondre au gros relou du lycée, j’ai guetté impatiemment que l’icône MSN d’un Fredo75 devienne verte, j’ai veillé tard à en avoir des migraines ophtalmiques, j’ai râlé face à mes parents pour pouvoir me connecter plus longtemps, j’ai occupé des longs dimanches pluvieux à l’heure de Vivement dimanche, bref j’ai tissé du lien social !

Et cette fermeture soudaine a fait affleurer tous ces souvenirs. Ce n’est pas l’interface qui nous manque, mais toutes ces relations que nous y avons tissées, et que l’on retrouve moins ou différemment sur Skype (davantage dédié au rendez-vous professionnel ou familial) ou sur Facebook (davantage dédié au potin organisé).

Enfin, ces sociabilités numériques ont plusieurs visages. Usitées par les adolescents, fustigées par les parents avec la crainte de voir leur enfant coupé du monde, j’aurais recours à cette touchante note de blog du grand Boulet pour évoquer la place des nouvelles technologies dans le lien social aujourd’hui, mélange d’impolitesse (pensons aux gens collés sur leur smartphone au restaurant !) et de possibilités de rapprochements inespérés (par exemple la vitalité d’un réseau social).

Plutôt que de vouloir, à la manière des parents inquiets, dissocier les gens rencontrés en ligne et ceux de la real life, considérons comment les deux se mêlent étrangement dans un maelström poreux qui confond les avatars. Là encore, Boulet décode subtilement ces correspondances entre personnes physiques et avatars en ligne en dessinant ses rencontres professionnelles sous leur image de profil twitter.

*** N’abusez pas des wizz !

Et vous, quel est votre degré de nostalgie du numérique ?

Si vous avez regardé les résultats de votre brevet des collèges sur minitel, les résultats du bac sur internet, que vous avez tout connu, du lecteur cassette aux lunettes Google de réalité augmentée, il y a fort à parier que vous vous sentirez démunis à l’idée d’expliquer un jour cette odyssée à votre gamin, qui à 3 ans a compris plus vite que vous les codes tactiles de l’I Pad.

Le Gorafi se moque d’ailleurs de la propension des gens à dire des choses du genre « Nos enfants ne connaîtront pas le bruit si particulier d’un modem 56k, ce que veut dire 3615 Ulla ou la sens de la blague : T’as pas l’ADSL ou quoi ? » dans un savoureux article faisant le portrait d’un homme qui ressent le besoin de se lever la nuit pour écouter le bruit du modem 56K ou se connecter à une vieille version de Napster !

Et ce qui est fou, c’est que c’est possible !

En utilisant la Wayback machine, sorte de machine à remonter le temps des sites web, vous pourrez voir comment étaient les premières versions des sites internet que vous utilisez quotidiennement. Comme le site du Monde en 1996 apparaît nu et vulnérable ! Et en 1998 on voit apparaître les débuts du zoning sur la page du journal !

Dans la même veine, je vous présente le Big Internet Museum, premier musée à être entièrement et exclusivement en ligne et qui présente les grands moments de la culture d’internet, des lol cats à Chuck Norris en passant par les plus beaux gif.

Alors, avec le développement de l’art numérique jouant sur les codes des nouvelles technologies, comment le phénomène de muséalisation des memes d’internet préfigure-t-il l’entrée de la culture numérique dans la mélasse patrimoniale ?

Que faire des discours nous disant que les machines ne sont que des écrans, que l’émotion ne s’y niche pas comme dans l’ours en peluche de notre enfance ? La question est complexe, tant internet a suscité un imaginaire propre, au rythme des vagues de technophilie et technophobie qui tout à tour l’encensent et l’accusent. Néanmoins, quand on voit la nostalgie de certains envers les 33 tours, le minitel ou le récemment feu Google Reader, on comprend l’attachement aux liens sociaux particuliers qui s’y sont constitués.

Attendons paisiblement ce que nous diront nos enfants… Et pour l’instant, je m’imagine la forme des biographies contemporaines qui me dépeindraient le fait de jouer à Snake sur un Nokia 3310 comme une tendre évocation de l’enfance.

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