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Le milieu universitaire rend-il narcissique ? De la nécessité de lire les “Carnets de thèse” de Tiphaine Rivière

20 Jul

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Dans les excellentes recensions de la BD de Tiphaine Rivière qui circulent sur le web, on glorifie le brio avec lequel l’auteure répond à la contrainte quasi-oulipienne de faire peser sur une doctorante toutes les scories possibles et imaginables dont regorgent les recoins de l’enseignement supérieur et la recherche : la précarisation de l’emploi, le comportement démissionnaire du directeur de thèse et les longues soirées solitaires à se battre contre sa propre procrastination…

Cependant, le véritable talent de cette BD réside selon moi dans l’exquis sarcasme dont l’auteure fait preuve pour décrire de façon acerbe et réaliste certains traits psychologiques des universitaires.

Entrons avec elle la ronde des péchés capitaux de la recherche.

***Des chercheurs narcissiques, égocentriques et isolés

Stanislavski disait à propos d’une actrice minaudante et cabotine : Elle n’aime pas l’art, elle s’aime elle dans l’art. On pourrait en dire de même de certains personnages de cette BD qui aiment davantage se voir évoluer dans le milieu de la recherche que d’accepter humblement le champ d’ignorance qui s’étend au-delà du domaine de leur spécialisation.

Le personnage de Karpov incarne l’archétype du chercheur brillant mais imbuvable qui cumule le narcissisme insupportable des artistes mégalomanes et des politiciens imbus d’eux-mêmes.

On y comprend que la recherche est un milieu fascinant, une terre de contraste psychologique pouvant comporter des pontes internationaux d’une modestie incroyable et des chercheurs qui utilisent la plupart de leur temps à mettre en avant leur dernier article avec des sourires crispants de candidats à la présidentielle américaine et qui font du Publish or perish une valeur cardinale les dispensant à l’occasion de toute rigueur scientifique.

La bataille de phylactères à laquelle se livrent Jeanne et sa collègue à la sortie d’un colloque, dans le but de récolter des commentaires sur leurs prestations respectives souligne également la complexité pour les chercheurs de nouer des relations sincères dans ce que David Lodge, le grand écrivain du Picaresque Universitaire nomme un Tout petit monde.

A ce titre, l’égocentrisme des doctorants n’est pas dissimulé : si la plupart des blogs de thèse dépeignent la souffrance des stations du chemin de croix doctoral et de l’incompréhension des proches face à la spécificité de ce travail maïeutique de 500 pages, peu de productions mettent en avant comme le fait Tiphaine Rivière les comportements égocentrés du doctorant : complètement confit dans sa recherche, il est capable d’en parler pendant des heures et de faire un lien entre le dernier Batman et la partie méthodologique de son dernier article.

Enfin, si la bande dessinée n’élude pas les moments d’euphorie liés aux périodes exaltantes et passionnantes de la thèse (car bien heureusement il y a !), elle a le mérite de rendre visible la solitude et l’isolement des doctorants ainsi que le caractère initiatique de la rédaction de la thèse.

La lecture des Carnets de thèse est une délicieuse purge cathartique où l’intégralité du petit monde universitaire est joyeusement dépeint : doctorants comme directeurs ne sont pas épargnés par cette satire graphique qui souligne en filigrane les aspects mesquins de ce milieu.

Je me souviens qu’au tout début de ma thèse j’ai pu sortir en larmes de certaines réunions de département, effarée par la violence symbolique des échanges.

Lire cette BD, c’est prendre du recul et c’est un peu reprendre des forces.

Je vais l’ajouter à la liste des suggestions de ma BU.

Sur la solitude des doctorants, lire : https://socio-logos.revues.org/2929

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« Après ma soutenance je pars élever des chèvres dans le Larzac ». Plans B des doctorants et autres fantasmes de l’après-thèse

18 Sep

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S’il est commun pour les doctorants de se projeter, dans des moments d’agonie rédactionnelle, dans un futur idéel de type : après la thèse, je pars faire quelque chose de radicalement différent, il est possible de noter une certaine constance dans les projets convoités.

Qu’il s’agisse de projets fantaisistes (élever des chèvres dans le Larzac, partir faire des crêpes au Canada, devenir star de ukulélé au Cap Vert) ou de reconversions plus sérieuses (faire un BEP ébénisterie, se lancer dans la couture), les gourmandes illusions de ces plans B ont toujours deux points communs : une transformation de la matière (cuisiner, coudre, sculpter) ou la création pure (musique, peinture), comme si la spéculation méthodologique et intellectuelle ne suffisait pas à s’ancrer dans le monde.

Ces rêves comportent généralement deux éléments :

  • Une activité manuelle et créative
  • Un pays étranger, généralement attrayant

Ces échappatoires permettraient alors de libérer un temps un esprit embrumé par trois ans de méditation sur un seul et même sujet obsédant, sujet susceptible d’occuper les rêves et de squatter inévitablement les conversations des repas de famille.

Ce besoin d’évasion, couplé à une aspiration à un futur voué à des tâches matérielles, se comprend mieux quand on examine la réalité du travail de thèse au jour le jour. De nombreux moments de la thèse sont hantés par le doute permanent. Devrais-je relire cet auteur ? Compléter mes hypothèses ? Revoir mon protocole d’enquête de terrain ? Attendre un retour de mon directeur avant de diffuser ce questionnaire ?

Dans ce contexte, la vision d’un travail répétitif, manuel et créatif (la couture, le ukulélé) semble promettre un avenir serein et joyeux, dépourvu des questions existentielles qui ont pu auparavant motiver l’inscription en thèse.

D’autre part, il arrive que le doctorant cherche dans son quotidien des activités les moins spéculatives possibles. Je connais une doctorante en anthropologie qui aime plus que tout faire la vaisselle. Cet amour du ménage s’est développé depuis le début de sa thèse :

Tu comprends, je passe ma journée à me demander si je dois me positionner par rapport à l’ethnométhodologie ou par rapport à l’anthropologie de projet, ça prend des heures ! Lire, hésiter, changer d’angle d’approche, lire à nouveau, se questionner. Quand je rentre le soir chez moi, je peux avoir l’impression de n’avoir pas avancé d’un iota dans ma réflexion, quand bien même j’aurais lu toute la journée. Par contre, quand je fais la vaisselle, la situation est bien plus simple : il y a une pile d’assiettes sales, j’ai un évier à ma disposition et dix minutes plus tard, cette pile d’assiette est propre. L’hésitation n’est pas possible, et la procrastination se fait moins menaçante. Jamais je ne pourrai faire pareil dans ma thèse. Même si je me disais “Je vais lire ces dix livres puis à la fin de la semaine j’aurais fini de définir mon contexte historique ”, ce projet ne serait pas aussi efficace, car le propre de chaque lecture est de faire douter, d’amener plus loin, de changer le regard. C’est passionnant, mais quand chaque lecture en appelle une autre, il est utopique de croire en un certain rythme de travail constant dans la recherche.

Les outils de la gestion de projet et les rétroplannings ont-ils cours quand il s’agit d’élaborer un raisonnement et donc de laisser le temps à la remise en question comme à la maturation ?

Face à cette négociation permanente avec le temps dans le cadre de la thèse, une des compensations symboliques possibles reste la projection dans un futur fantasmé où d’autres activités sont envisagées.

Alors, en hommage à tous les doctorants oscillant entre le plaisir de lire des ouvrages théoriques et la folle envie d’apprendre à danser le tango à Copacabana, je pique un air de Boris Vian et de Michèle Arnaud pour rappeler que :

Faites pas de doctorat, les filles, faites pas de doctorat,
Faites des cours de batucada,
Un Erasmus à Jakarta
Dev’nez chanteuse au Costa Rica
Faites une licence en LEA
Validez un master en droit
Faites des macarons au chocolat
Soyez postmoderne, ou l’soyez pas,
Dansez à poil à Nouméa

Lisez des BD, pas Derrida,
Allez escalader l’Himalaya
Mais faites pas de doctorat les filles
Faites pas de doctorat !

Le fameux Vous ne marriez pas les filles  parodié fonctionne également pour les khâgneux désespérés :

Faites pas prépa, les filles, faites pas prépa,
Coiffez-vous comme Lady Gaga,
Montez une usine de baklavas,
Partez élever des chihuahuas,
Allez danser la bachata,
Soyez râleuses, faites du yoga,
Partez regarder les Nymphéas,

Cajolez des chats angoras,
Montez votre propre cafétéria,
Elevez des chipolatas
Mais faites pas prépas les filles,
Faites pas prépa !

De l’art de faire de l’humour pendant les colloques universitaires

8 Apr

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Avec le printemps fleurit également la saison des colloques universitaires, et c’est l’heure où, comme dans un bon roman de David Lodge, on voit le laboratoire entier à l’affût d’un billet de train, d’une brillante idée de phrase d’accroche pour une communication ou du bulletin d’inscription pour un repas de gala qui aura forcément lieu dans l’océan logorrhéique des congrès, colloques, séminaires et autres conférences qui jalonnent le mois de mai.

C’est Deleuze qui disait, je crois : « Les colloques, ce sont des gens qui se déplacent pour parler ».

Parler, c’est bien l’activité principale : c’est ce qui attire et aussi ce qui angoisse. Pour qui a déjà assisté à un congrès international, le sentiment de vertige face à la quantité de communicants et l’angoisse de ne pouvoir être attentif sur de longues plages horaires est un sentiment courant.

Or, il existe des trublions du colloque, des chercheurs qui sans sacrifier la scientificité de leurs propos, vont jouer avec les mots pour montrer que même s’ils ont embrassés une carrière scientifique avec tout le sérieux dont ils sont capables, ils n’en sont pas moins de fameux boute-en-train dont l’esprit fécond est enclin au jeu de mot, parfois subtil, parfois désespérant. Ils font ça également pour réveiller le rang du fond qui joue à 2048 ou à Candy Crush sur son I pad pendant qu’il explique les fondamentaux de la malacologie. Mais ne vous y trompez pas, la pratique de l’humour en colloque universitaire est un exercice délicat puisqu’il s’agit de trouver le bon mot, de faire sourire tout en sachant bien ne pas exagérer, au risque de perdre la face vis-à-vis de ses pairs, de passer pour un intervenant peu sérieux ou d’être taxé de démagogie. On devient alors celui qui achète son auditoire par ses bons mots.

Voici une rapide liste des formes d’humour recensées lors des colloques et les figures de styles le plus souvent utilisées :

*La paronomase avec ellipse syllabique
Il s’agit principalement de choisir un mot suffisamment long pour que, même amputé d’une syllabe il signifie quand même quelque chose.
Exemple : « Le parcours de cette exposition passe de l’esthétique à l’éthique, du culturel au cultuel, du technologique au logique, c’est en quelque sorte le paradis du paradigme ». Attention toutefois à ne pas en abuser, sinon vous risquez de ressembler à un clone raté entre Boby Lapointe et un khâgneux zélé.

*La blague du gros lourd
C’est typiquement le genre de conférencier qui va répéter douze fois l’expression « allumer le feu » dans un colloque de sociologie portant sur la pyromanie, au cas où l’auditoire n’aurait pas compris.

*La private joke de spécialistes
Comme on a peu de private joke sciences humaines, j’en cite une (véridique !) en philosophie :
« Un peu comme si Leibniz était un nomade avec ses monades ! »

Cependant, on trouve également des chercheurs plus subtils, qui vont plutôt parsemer dans leurs titres de communication de quoi faire sourire le lecteur. Je vous propose ici un léger corpus, tout droit sorti du gargantuesque programme du dernier congrès de l’ACFAS. J’ai pris soin de rajouter quelques titres factices, à vous de trouver les faux et de me faire vos propositions en commentaires (le gagnant se verra raconter une blague de Gérard Genette et un paquet de schokobons !).

*Les titres qui juxtaposent des termes de façon originale, qui accolent l’anecdote et la vision globale
« Le Boson de Higgs : qu’est-ce que ça mange en hiver ? »
« Étude d’un cas sympathique : le problème du bégaiement chez David Hume »
« Papyrus et vieilles dentelles : sens et utilité de l’étude des langues anciennes au Québec »
« Mettre la table et mettre le feu : le désir de connaître passant par la démonstration »
« Des bébés et des baies : continuité culturelle et territorialité des femmes inuites du Nunavik »
« Les joueuses de poker : ces femmes qui jouent à un jeu d’homme »
« La satire à travers L’histoire de l’art pour les nuls »
« Être aide-soignante en gériatrie ou l’organisation sociale des dégoûts »

*Le titre-question
« L’homme peut-il s’adapter à lui-même ? »
« Y a-t-il une phénoménologie autrichienne ? »
« L’animal souffre-t-il en droit ? »

*Certains titres brillent par leur brièveté ou par leur mystère
« Deux portraits d’Aristote »
« Le jeu de l’illusion »
« Sémiose peircienne et individus non-humains »

*D’autres titres semblent exotiques et nous donnent envie de faire une thèse en biologie pour comprendre ne serait-ce que le titre
« Innervations sérotoninergiques et cholinergiques du pallidum chez le singe écureuil : étude immunohistochimique en microscopie optique et électronique »
« (De quoi) l’acratique épistémique est-il coupable ? »
« Lien entre consommation de cannabis et la qualité de la communication intergénérationnelle »

*Ceux qui utilisent la citation pour donner envie d’en savoir plus
« Je te hais : pourquoi les consommateurs détestent certaines marques ?
« Mes enfants n’iront jamais dans les mines : les femmes de mineurs dans le Nord ontarien

À l’heure des concours de vulgarisation scientifique de type « Ma thèse en 180 secondes » ou « Dance your Ph.D. » qui dédramatisent et simplifient les cadres théoriques, je propose donc la composition de communications entièrement en alexandrins et attends la première conférence qui relèvera le défi, car…

Si l’humour se plaît à se lover dans les titres
C’est un défi que de le faire perdurer
Dans une conférence où en faisant le pitre
Un sérieux de chercheur il faille respecter

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Le correcteur orthographique, ce générateur de lapsus. Quelques idées pour le piéger

10 Mar

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« Au commencement était le verbe », ensuite le correcteur orthographique automatique s’en est mêlé et les doctorants du monde entier ont commencé à haïr les logiciels de traitement de texte.

Le correcteur orthographique m’apparaît comme un immonde tyran aveugle, le plus froid des monstres froids. C’est un fait.

De manière plus générale, toute personne ayant dû rédiger un document de plus de 500 pages avec des annexes démiurgiques, des sauts de section continus et des notes de fin a forcément juré des heures durant contre les sautes d’humeur pestilentielles de Word, la froide suffisance de Latex, les sommaires inconstants et faquins d’Open Office.

Quand vous rajoutez à cela la fourberie du correcteur orthographique au vocabulaire forcément déficitaire, on atteint des sommets d’absurdité. Déjà dès la plus tendre enfance on voit qu’il souligne de vaguelettes rougeâtres tout ce qui ne rentre pas dans son panthéon lexical : nos noms de famille, nos prénoms, nos surnoms, nos villes ou même de joyeuses et innocentes onomatopées ; nous faisant déjà comprendre notre illégitimité orthographique, nous montrant par là à quel point avec lui ça ne rigole pas !

Il est temps d’apprendre à se venger.

Cela dit, le système de correction automatique voire de reconnaissance vocale du smartphone, a également sa part de responsabilité.

Sans comprendre le contexte, ces fleurons des technologies intellectuelles nous imposent des mots si éloignés de la proposition de départ que l’on ne peut que s’étonner de leur manque de tact.

Ils jouent les yeux bandés avec les sabres acérés des axes syntagmatiques et paradigmatiques. Ils lancent des shurikens lexicaux à l’aveuglette et ruinent nos mails et textos. Certes ils ont avalé le dictionnaire mais ils ne vivent que par et pour la morphosyntaxe et ne sont capables que d’une seule réflexion « Tiens ! Ce mot ressemble à tel autre, je vais donc le changer ». On ne peut pas bien sûr leur reprocher de ne pas prendre en compte le contexte, mais force est de constater qu’ils choisissent toujours le mot le plus embarrassant dans leurs corrections.

Il est tant d’accuser le pire de tous : ProLogos et d’exposer publiquement ses méfaits et listant ici ses pires ignominies :

-Dans un mail professionnel, ProLogos a remplacé « orga » par « orgie », « bon appétit » par « Meetic », « lambda » par « lambada », et finalement « organe » par « orgasme ».

Sans me relire, j’ai donc envoyé à mes collègues le message suivant :

« Bonjour Monsieur,
Le 15 mars me convient pour l’orgie, je vous apporterai des documents lambada pour constituer un programme. Il faudra également réfléchir à l’orgasme de presse à contacter pour le 4 avril.
Meetic, et à ce demain.
Cordialement »

Mais si un jour j’écris le mot « meetic », il ne va pas me transformer ce mot en « bon appétit », non il va me le remplacer inexorablement par « métis » ou par une autre paronymie issue de son esprit pervers, faisant de ProLogos un merveilleux et infini générateur d’analogie et de n’importe quoi !

Il fait surtout figure de magnifique générateur de lapsus des temps modernes et aurait constitué un superbe terrain de jeu pour les Oulipiens de tout poil !

Il s’applique surtout à s’acharner sur des sujets précis, des sujets précisément qu’il ne maîtrise pas vraiment : la littérature, la sémiologie et justement l’OuLiPo.

Il vous faut des preuves ?

-Dans un article de recherche, ProLogos a remplacé « Georges Perec » par « égorgé Perec »

-ProLogos mène généralement, une guerre farouche contre la littérature puisqu’il m’a changé « Boris Vian » en « Bourreau Viande », « Un amour de Swann » par « Un amour de scan », « Proust » en « peluche » quand ce n’est pas « prout » et « brousse ».

-ProLogos ne veut pas entendre parler de Roland Barthes, il me le remplace systématiquement par « Roland Beurk » quand ce n’est pas “Blatte”.

-Il a également une dent contre les musées. Il remplace systématiquement le mot « muséologie » par « musicologie », l’adjectif « muséal » par « museau ». Créatif autant que subversif, il s’applique obstinément à me montrer l’inexistence lexicale de chaque mot que j’emploie.

J’ai désactivé ProLogos le temps d’écrire cet article, mais en faisant une ultime relecture, j’ai eu quelques remords et je l’ai réveillé. Tout de même, il corrige si bien les espaces insécables manquants entre les guillemets et le mot suivant… Et en relisant le texte, il ne s’était même pas rendu compte j’avais mal orthographié son patronyme.

Aveugle et fou… Mais humble, et peu rancunier.

Je crois qu’une entente est possible.

***
Une fois mon correcteur orthographique calmé, il me restait à dresser la reconnaissance vocale de mon smartphone. Je voulais tester ses limites, le pousser à bout pour me venger de tous les lapsus gênants qu’il avait écrit pour moi.

J’ai alors tout tenté : lui dicter l’alphabet, lui chanter les Beatles à fond, mais à chaque fois il s’en est très bien sorti. Il a même reconnu avec brio une version un peu revisitée de Hey Jude ! Il a alors fallu que je tente le tout pour le tout. Je lui ai chanté le premier couplet de Ta Katie t’a quitté de Boby Lapointe, récité deux ou trois textes de Perec et de Queneau puis lui ait chanté la Complainte du progrès de Boris Vian.

Pour lui, ç’en était trop de phonèmes comparables, trop de paronymies, beaucoup trop de beauté surtout. Il n’a pas supporté, il s’est éteint sur le coup !

Depuis, à chaque lapsus qu’il interprète (quand par exemple je lui dicte « dans mes bras » et qu’il écrit « dans mes bars ») je le menace de lui lire les œuvres complètes de l’OuLiPo et il se calme immédiatement.

Depuis peu, il s’est même mis à la poésie, je lui lis des vers ou des chansons et je regarde ce qu’il m’écrit.

Il m’écrit : « Missing you the sky with diamonds », il m’écrit « Ce soit au bar Igor hagard et Morena regardent voir le dessous des blouses blanches, mais non éclatante, elle est retrouvée, quoi ? L’éternité, la mer, le temps, le soleil ».

Je ne comprends pas toujours ce qu’il dit, mais je crois qu’un jour je vais réussir à parfaire son éducation.

NB : Je retire absolument tout ce que j’ai dit de positif sur ProLogos… Dans une ultime relecture, il m’a proposé « catin » pour « Katie », « bobine la poutine » pour « Bobby Lapointe », « Judo » pour « Jude » et « chnoque » pour « Queneau ». C’est bas comme vengeance.

Peut-on choisir son type de procrastination ?

3 Sep

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Quelles sont les meilleures conditions pour écrire sereinement et efficacement ?

Cette interrogation est née de la remarque de mon amie cinéphile : « Pourquoi est-ce qu’on imagine toujours l’écrivain à son bureau dans sa maison de campagne, avec un thé et un chat sur les genoux en train d’écouter du Mozart alors que la plupart du temps il griffonne sur un vieux prospectus pendant une conférence qui l’ennuie ou pendant qu’il fait un boulot alimentaire ? »

Plus sérieusement, qui écrit comme ça ?

Faisons tomber le mythe, je vais vous raconter une histoire d’écriture sportive, de procrastination guillerette et de chocapics.

« Tout est prêt. La tasse de thé chaï avec du miel de thym, le chat gris endormi sur les genoux, Fip en fond sonore, des stylos doux au toucher, un tas de feuilles blanches et surtout du temps libre. Les conditions parfaites sont réunies. Sauf l’inspiration, ou tout simplement l’envie d’écrire, qui ne se décide absolument pas à m’envoyer ne serait-ce qu’un ersatz de muse. Ce rectangle blanc, feuille A4, petit carnet à spirale clairefontaine ou document word, reste et restera immaculé.

L’angoisse de la page blanche, c’est surfait, moi j’ai l’angoisse de l’angoisse de la page blanche, une méta-peur si vous préférez. Alors pour ne pas risquer de provoquer cette angoisse, je n’organise JAMAIS toutes ces conditions idéales décrites plus haut.

Non, ce qu’il me faut pour déclencher l’inspiration, c’est une situation terriblement ennuyeuse, une sensation d’enferment où l’écriture me paraîtrait la seule échappatoire : la salle d’attente de la CAF, un séminaire sur l’utilisation de la norme ISO dans le catalogage partagé, un exposé laborieux sur la sensation de regrets chez Du Bellay par un élève de 5e. Acculée dans un ennui mortel, c’est seulement à cet instant que mon cerveau active la compétence « écriture ». Ce qui est terrible, car en plus d’être affreusement impoli pour les conférenciers, ces conditions ne sont pas du tout confortables pour écrire. Il faut cacher à ses voisins de table ses notes sur le huitième chapitre de roman et faire semblant de s’intéresser à la norme ISO. Je préférerais infiniment arriver à écrire chez moi, dans la douceur du chat angora qui vient jouer avec le bout de mon crayon, poser ses pattes sur le clavier et phagocyter impitoyablement le coin de la feuille blanche.

Bon an mal an, j’ai fini par accepter cette contrainte. Mais le second écueil, sournois, qui guette, c’est que le plus souvent je finis par m’intéresser à la conférence qui est donnée, aux affiches dans la salle d’attente de la CAF, et la situation ennuyeuse cesse bien vite de l’être.

Venons-en aux faits, je souffre d’un syndrome affreusement handicapant, celui de la lecture compulsive et de l’intérêt constant. Quelle que soit la situation, je ne peux m’empêcher de lire ou d’écouter lorsqu’un graphème ou un phonème traîne dans la pièce. Je lis tout, absolument TOUT, les affiches dans le métro, l’équation de mathématique abandonnée sur le tableau, les conditions d’utilisations en taille 6 tout en bas près de l’astérisque même si elle fait trois paragraphes et utilise des mots comme « nue-propriété, usufruit ou créance salariale », les BD débiles avec des jeux en faveur de l’environnement sur les paquets de Banania. Mon cerveau est le réceptacle idéal pour toutes ces stratégies marketing que j’exècre autant que j’assimile. Je connais par cœur toutes les devinettes au dos des Chocapics et je pourrais réciter le contenu des affiches portant sur le montant des amendes suites aux infractions dans RER B alors même que je n’ai pas mis les pieds à Paris depuis des mois. Pour peu qu’il y ait des lettres, je suis aspirée…
Et la norme ISO, à sa façon, finit par me captiver !

C’est bien sûr ce qui fait le fonds de commerce de la procrastination. Quand une tâche homérique nous semble insurmontable (à tout hasard écrire son grand œuvre) nous nous réfugions dans les tâches subalternes, par exemple faire la vaisselle, ranger sa bibliothèque selon les lois de Raganathan ou trouver la norme ISO captivante. Jamais je n’ai eu autant de bonheur à l’idée d’avoir du linge à étendre ou ma déclaration d’impôt à remplir que quand approchait l’échéance d’un article à rendre.

Ainsi, c’est trop tard, la norme ISO n’étant plus un sujet ennuyeux, malgré moi je rechigne à écrire. Il ne me reste plus qu’à trouver un nouveau champ disciplinaire assommant.

Et là, il y a bien des moyens de ruser : aller suivre des cours auxquels on ne comprend strictement rien, à défaut d’avoir les moindres clefs pour savoir de quoi on parle. J’ai intégré en douce les CM d’épidémiologie à la fac de médecine, je me suis incrustée au cours de fondement de la rhéologie, mais là encore les images du power-point me fascinaient tant que je les dessinais au lieu de me mettre à écrire. J’entrais alors dans la salle d’à côté, un cours de maths, me coulais dans une chaise du fond. Loin devant moi, un tableau rempli d’équations, l’abstraction pure, aucune chance de comprendre ou bien d’admirer puisqu’aucun sème ne vient chatouiller mon allèle procrastinateur.

Et puis est arrivé ce qui devait arriver.

Le professeur me voyant gribouiller négligemment au fond de la salle s’est énervé et m’a prié de passer sur-le-champ au tableau afin de résoudre l’amalgame de signes typographico-barbares qu’il enroule méticuleusement dans le mot équation.

Alors, je me suis approchée sans trembler du pupitre blafard et très lentement, je leur ai écrit au tableau la raison de ma présence ici, ma quête de l’ennui dans toutes les disciplines ainsi que les quatre premières phrases de mon roman. Les étudiants ont bien ri et le professeur m’a laissé m’installer au fond de la salle en échange d’un sac de chouquettes matutinal et d’une lecture à voix haute, à la fin de chaque cours, du dernier chapitre que je viendrai d’écrire.

J’étais somme toute passablement satisfaite de mon sort et contente de ma technique jusqu’au jour où, au fond de l’amphi dans lequel je donnais un cours palpitant sur le braconnage culturel, je vis un frêle étudiant inconnu gribouillant frénétiquement, semblant aspiré par l’écriture, alors même que tout l’amphi avait les yeux fixés sur le film que je leur projetais.

J’ai un peu râlé, mais je ne l’ai pas dénoncé, tout à ma joie de voir sa procrastination cicatriser. »

Brimborions
*Pour se guérir de la procrastination sans effort et sans culpabilité, c’est ici en anglais et ici en français*

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Peut-on chanter sa thèse ?

3 Jul

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Puisque maintenant il est scientifiquement prouvé que l’on peut danser sa thèse ou bien faire sa soutenance en 180 secondes, reste à savoir si un talentueux chanteur ambitionne de réaliser une comédie musicale sur le thème ô combien mélodramatique du doctorat.

Qu’en est-il à ce jour de la production chansonnière étudio-corporatiste ? Y aurait-il une hymne des doctorants qui traîne sur Youtube ?

Oui, c’est la chanson : Tu dois finir ta thèse (Minotaure) de Simon Berjeaut, qui est drôle, fine, poétique lucide, bref je n’avais aucune chance de faire quelque chose de plus brillant…

Alors j’ai eu l’idée d’une hymne du thésard beaucoup plus cheap, plus terre à terre, davantage appropriée aux soirées de désespoir alcoolisé ou le thésard se rend compte que le samedi soir à 23h il est toujours en train de peaufiner le petit 3 du chapitre II de la troisième partie de l’introduction aux concepts fondamentaux de la malacologie et que c’est pour ça qu’il a décliné une invitation à une soirée tapas. Mais elle peut également convenir aux fins de journées doctorales au moment où quelqu’un sort son ukulélé !

Cette hymne sera une véritable plaidoirie pour le doctorant dont le statut est parfois proche de celui de l’artiste (« C’est quand que tu fais un vrai métier ? ») d’où le choix de la chanson à parodier, une mise à nu poignante des splendeurs et misères des aventures doctorales sans cesse ballottées entre joie épistémique et désespoir rédactionnel…et accessoirement une mauvaise reprise de Balavoine truffée de calembours douteux.
Sur l’air du Chanteur, il faut brailler très fort et si possible avoir une bière à la main, sinon c’est passablement moins drôle.

Je me présente
Je m’appelle Thérèse
Je voudrais bien réussir ma thèse
Être publiée
Être prof avoir des enseignements
Puis surtout un labo décent
Mais pour tout ça il faudrait que j’ai des financements

Je suis thésard
Je cherche sur mon terrain
Je gagnerai pas de thunes mais je fais des trucs que j’aime bien
Je veux écrire une thèse en moins de dix ans
Un style fort dense et percutant
Pour faire danser dans les pots de thèse des doctorants

Et partout à la BU je veux qu’on parle de moi
Que l’AERES soit nu
Qu’il se jette sur moi
Qu’il m’admire qu’il me tue !
Qu’il s’arrache mon CNU
Pour les anciens de l’école doctorale
Devenir capitale
Je veux qu’à chaque débat ils jalousent mes résultats
Que partout je sois citée
Et un jour qualifiée

Puis après quand j’aurais mon doctorat
Mon public se prosternera devant moi
Des colloques de cent mille personnes
Où même la Sorbonne s’étonne
Et se lève pour prolonger les débats

Et partout à la BU je veux qu’on parle de moi
Que l’AERES soit nu
Qu’il se jette sur moi
Qu’il m’admire qu’il me tue !
Qu’il s’arrache mon CNU
Puis quand j’en aurais assez de rester leur idole
Je quitterai le CNRS comme dans les années folles
Je ferai de la recherche-action
Et de la recherche création
Et puis l’année d’après je recommencerai
Et puis l’année d’après je recommencerai
Je me prostituerai
Je bosserai dans le privé

Les nouveaux de l’école doctorale diront que je suis PDG
Que j’ai plus d’impact factor
Que je ferais bien d’arrêter
Brûleront mes articles
Me chasseront de la fonction publique
Alors je serai en post-doc et je pourrai crever
Je me chercherai un poste d’Ater pour pouvoir être payé
Je veux finir docteur
Pour pouvoir me vanter
Je veux mourir docteur
Pour avoir un chapeau carré

Pardon, Daniel, pardon…
***Pour les intéressés j’organise également des séminaires pour apprendre à fabriquer des petits chapeaux de docteur (le vrai nom c’est graduation hat ou mortier, je le précise car cette question a longtemps hanté mes nuits) avec des bouts de carton, de la colle, des ciseaux et des trucs géniaux trop vite oubliés qui sont les compétences acquises en maternelle pour arriver à coller le scotch droit.
Vous verrez, les travaux manuels c’est splendide, ça permet de se rendre compte que notre cerveau sait faire autre chose que lire Foucault !
Effet cathartique garanti ! ***

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Vaporeux, gluant, sec, rugueux… Quelle est la texture de votre thèse ?

18 Jun

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Si la plupart des métaphores désignant la thèse sont en lien avec des activités solitaires, dangereuses et laborieuses telles que le saut à l’élastique ou la traversée du désert, qu’en est-il en revanche de la substance de votre objet de recherche ?
Quels mots emploieriez-vous pour en déterminer la texture, le poids, la température ?
Sans plus attendre et pour combler ce vide (injustement !) béant à ce sujet, je proposerai ici une typologie empirique de ces substances en utilisant un système de classement dont quatre grandes polarités baliseraient la texture de la thèse : le visqueux, le sec, le vaporeux et le liquide.

Je présenterai les classements du plus visqueux au plus limpide.

Le riz au lait à la super-glu
Quand l’esprit n’est pas clair mais qu’il s’agit de faire dialoguer plusieurs théories, quand il faut articuler plusieurs résultats antagonistes et que l’angoisse de la page blanche guette le doctorant exténué, on a souvent l’étrange sentiment de pédaler dans de la semoule, de la boue, du sable mouvant voire du gruau.

Lorsque je n’arrive pas à définir certaines notions, j’ai très souvent l’impression de nager dans du riz au lait trop cuit dans lequel on aurait rajouté du miel et de la mélasse : je n’arrive pas à avancer, rien n’est vraiment clair, chaque concept est à renégocier. Plus je m’agite, plus je m’enlise. Parfois j’aperçois la lumière au bout du pédalo et l’objet de recherche devient plus ferme, plus tangible : les idées à développer m’apparaissent alors comme une mer de flocons d’avoine al dente, on pourrait presque se risquer à marcher dessus. François Pagès, quand il s’amuse à se faire passer pour Jean-Baptiste Botul, a inventé le concept de la métaphysique du mou, sorte de phénoménologie perceptivement folle qui propose de penser en profondeur les caractéristiques du mou. Et en effet, le cerveau semble parfois tellement rempli de yaourt que les textes qui en sortent ont la même cohérence qu’un fromage blanc. En termes de rhéologie, la thèse ne s’écoule pas, elle bouche plutôt les tuyaux de l’évier.
Qu’arrive-t-il si nous la passons au sèche-cheveux ?

Le désert de sable
À l’inverse, les idées qui nous viennent en temps de frugalité conceptuelle donnent parfois des textes arides, des textes qui manquent d’eau, réduits à la portion congrue. On tente de développer, d’expliquer, mais la pensée demeure désertique, une terre dure. C’est rugueux, ça gratte parfois. On tente une respiration, on s’étouffe avec du sable.
La traversée du désert.

L’air sans ailes
Volatile, vaporeux, éphémère, on sent que l’idée du siècle est là, toute proche, mais on n’arrive pas à l’attraper. On agite les bras mais on ne vole pas dans le monde des idées. On brasse du vent. On implore en vain le plotinisme de nous élever vers la connaissance mais nos conclusions restent prosaïquement terre à terre.

Qui a recousu les habits et la peau de Frankenstein ?
Arrivé à un certain seuil d’accumulation des connaissances, un danger guette : ce sont souvent les mêmes mots qui reviennent, toujours les mêmes formulations, pour aller plus vite.
Une fois que l’on a énormément écrit, que le nombre de documents s’empile sur, sous et à côté du bureau, il existe une technique pour gagner du temps qui consiste à recycler des paragraphes tout prêts et à les copier-coller. Au départ on fait ça avec quelques lignes…
Pourquoi réécrire la partie sur la méthodologie pour le colloque du CFAS si on a déjà un paragraphe qui irait parfaitement dans cet ancien texte écrit pour des doctorales d’il y a deux ans ?
Et à la suite, pourquoi ne pas recopier le résultat utilisé en séminaire de labo, il est déjà tout prêt ? Il suffira de soigner les transitions.
Cet usage incessant du copier-coller pour gagner du temps finit par créer dans le cerveau une gymnastique étrange. Une nouvelle compétence se développe, elle consiste à se demander où est situé dans notre disque dur le paragraphe qui remplirait parfaitement le vide dans ce nouveau texte. Mais cette habileté à la mosaïque textuelle donne au document l’apparence d’un habit d’Arlequin…tout est cousu, décousu, recousu, on a beau peaufiner les transitions, rajouter une couche de métadiscours pour expliquer où on va, le texte n’est plus une peau lisse mais une succession de cicatrices, de sutures qui viennent dénoncer le honteux collage de ce texte-Frankenstein. On a collé un bras, raccommodé une main, par gain de temps, sans savoir ce que devient cet organisme dans ce copier-coller démiurgique.

Cristallisation sucrée
Si le phénomène du texte-Frankenstein arrive souvent, il est la plupart du temps bien recousu et reste présentable. Ce qui est triste en revanche, ce sont les professeurs qui ne font plus que ça, qui récitent par cœur la même présentation, les mêmes expressions. Ils baignent dans leurs champs lexicaux tannés d’avoir trop servis, répètent inconsciemment les même syntagmes tant et si bien qu’on a l’impression d’avoir devant nous des professeurs confits dans leur jargon, tout cristallisés de sucre. Un manque d’hygiène de l’écriture et hop ! on se retrouve à barboter dans une confiture de mots.

Eau, pureté, naïades et ondines
Heureusement il y a des consistances plus émouvantes. Les jours où ma thèse m’apparaît comme liquide sont des jours fastes. Tout coule de source, c’est limpide, c’est un liquide doux et clair qui ondule devant les yeux et se mêle à l’encre du stylo, encre qui va naturellement couler sur le papier et noter à jamais des mots justes. Tout vous apparaît alors clair et simple, fluide et soyeux, votre problématique a un sens, vos différentes parties s’imbriquent sans que vous ayez besoin de bâtir des transitions boueuses et douteuses pour colmater les trous épistémologiques, vous êtes heureux, vous ne regrettez plus de vous être inscrit en thèse. Cela peut aussi prendre la forme d’un geyser inattendu et motivant. C’est comme si une riante naïade vous avait montré du doigt une source providentielle : regarde c’est simple, et c’est là, devant toi !
Ces états de grâce sont rares, mais c’est en les ressentant que le courage nous souffle dans le dos.

Lune de miel et de feu
C’est brûlant c’est palpitant, vous avez des étincelles qui partent dans tous les sens, les hypothèses fusent, les théories s’entrechoquent, c’est le début d’un processus, on a l’impression d’écrire quelque chose d’inédit, c’est passionnant, on est heureux ! On se sent un peu comme Héphaïstos en train de forger la foudre. Il y a de l’énergie dans cette euphorie du début, boulimie d’ouvrages et yeux grands ouverts. C’est souvent le début de la thèse. Certains appellent ça la période de la Lune de miel.
On le sait, hélas, cette période ne dure pas trois ans…mais elle resurgit parfois, comme un vieux couple qui se remémore les bons souvenirs de leurs premiers émois.
Vous vous rappelez ?
Oui, vous vous rappelez. C’est un peu pour ça qu’on arrive à continuer je crois, malgré le riz au lait gluant, malgré des concepts vaporeux et malgré le fromage blanc à la place de la problématique.

Alors je vous laisse sur ce souvenir.

***et je vous souhaite beaucoup de geysers dans l’écriture !***

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